Philippe Suinen : « Il faut baisser l'impôt des sociétés »

BENOIT JULY

jeudi 28 juin 2012, 10:15

Le taux facial de l'Isoc fait peur aux investisseurs étrangers, estime le patron de l'Awex.

Philippe Suinen : « Il faut baisser l'impôt des sociétés »

La Wallonie travaille d'arrache-pied à l'amélioration de son image vis-à-vis des investisseurs étrangers. « Or, quels que soient ses atouts, La Région est pénalisée par le fait que la Belgique est perçue comme un pays dont la fiscalité est parmi les plus élevées au monde », regrette Philippe Suinen, administrateur général de l'Awex (Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers). « Les taux faciaux sont souvent repris tels quels sans aucune nuance ni commentaire dans les études comparatives éditées par les consultants étrangers. »

La réalité, on le sait, est plus nuancée : les taux notionnels, entre autres, permettent globalement au pays de revenir dans les clous et les représentants de la Belgique et de ses entités fédérées se font forts de le rappeler dès qu'ils sont sollicités par un investisseur potentiel. Sans oublier les classiques arguments relatifs aux incitants financiers, à la productivité de la main d'œuvre, aux infrastructures et à la disponibilité de terrains, entre autres.

« Mais avant de pouvoir avancer nos atouts et d'emporter éventuellement une décision d'investissement, nous devons figurer sur une « short list » à l'échelle internationale », poursuit Philippe Suinen. « Avec un taux facial de 33,99 % pour l'impôt des sociétés, nous n'entrons parfois même pas dans la ligne de mire des investisseurs potentiels. »

D'où sa proposition de réduire progressivement ce taux de 1 % chaque année jusqu'en 2022 – la fameuse date-buttoir imposée par la réforme de l'Etat qui est aussi le terme du Plan Horizon 2022 de redressement de la Wallonie établi par le gouvernement régional. Une idée personnelle ? « Elle est avalisée par le management de l'Awex mais n'a pas été soumise à son conseil d'administration », précise le haut-fonctionnaire qui avance aussi l'idée de recentrer l'utilisation des intérêts notionnels au bénéfice des entreprises qui maintiennent ou augmentent l'emploi.

Reste que pareille mesure, si elle devait faire l'objet d'un consensus au niveau fédéral, n'augmenterait pas l'attractivité sudiste vis-à-vis de Bruxelles et de la Flandre… avec laquelle la querelle des chiffres bat son plein. En cause : la récente étude du consultant Ernst & Young qui, comptabilisant l'attractivité des trois régions, « pénalise à nouveau la Wallonie » selon le patron de l'Awex qui annonce 56 dossiers d'investissements aboutis l'an dernier « alors qu'Ernst & Young ne nous en reconnaît que 39. »

Grave ? « Je m'étonne qu'Ernst & Young persiste à comptabiliser au bénéfice de la Flandre l'investissement d'une firme pharmaceutique à Lasne ou d'un sidérurgiste à Clabecq », dénonce Philippe Suinen qui y voit le signe « d'une culture ambiante interdisant à certains de reconnaître que la Wallonie est devenue plus attractive. Or, de telles études sont lues par les décideurs étrangers. Il est regrettable qu'elles nuisent à notre image en ne correspondant pas à la réalité. »