L’Espagne poursuit dans la voie de la rigueur

Rédaction en ligne

mercredi 11 juillet 2012, 19:33

L’austérité s’accentue en Espagne. Le premier ministre, Mariano Rajoy, a annoncé ce matin un plan sévère de réduction des dépenses de près de 65 milliards d’euros, incluant des hausses de taxe et une cure minceur pour la fonction publique.

L’Espagne poursuit dans la voie de la rigueur

©AFP

Parmi les mesures que contient le plan figurent l’augmentation de trois points de la TVA (de 18 % à 21 %), la diminution de 30 % du nombre de conseillers locaux, de même que la réduction ou la suppression de certaines primes octroyées aux fonctionnaires et aux hauts responsables. Plusieurs entreprises publiques devraient être également sacrifiées au profit d’intérêts privés

Ces nouvelles coupes, disséminées dans l’agenda du gouvernement jusqu’en 2015, donnent suite à la décision prise hier par les ministres de la zone euro de consentir à l’Espagne une aide financière pour qu’elle puisse relever son secteur bancaire. Il est déjà assuré que le pays recevra 30 milliards d’euros d’ici la fin juillet. Dépendant de ses besoins, le plan de sauvetage pourrait s’élever au total à plus de 100 milliards d’euros, versés en plusieurs tranches au cours des prochains mois.

Selon Jésus Castillo, économiste et spécialiste de l’Europe du Sud chez la banque de financement et d’investissement Natixis, l’Espagne n’a d’autre choix que de poursuivre une politique d’austérité. La taille de sa dette publique (plus de 65 % de son PIB) est telle, souligne l’expert, qu’elle effraie tous les investisseurs, qui lui prêtent désormais à un taux très élevé.

Une exigence d’austérité d’autant plus « incontournable » que l’Espagne ne dispose pas de tous les leviers économiques dont le pays aurait besoin. Pour M. Castillo, la devise unique profite à la monarchie ibérique… autant qu’elle lui nuit : « Afin de sortir d’une crise comme celle que connaît l’Espagne, soit vous réduisez vos importations – votre demande intérieure – soit vous augmentez vos exportations, observe-t-il. Un certain nombre d’entreprises espagnoles ont d’ailleurs réussi à réorienter une partie de leur production, qu’elles vendaient traditionnellement en Espagne, vers des débouchés extérieurs. »

Or, constate l’économiste, la deuxième option devient nettement plus compliquée en l’absence d’un pouvoir de contrôle sur l’appréciation du taux de change : « L’euro empêche l’Espagne de dévaluer sa monnaie et de favoriser ses exportations. Par conséquent, l’ajustement de ses finances passe presque obligatoirement par la baisse de la demande intérieure et la baisse des salaires. » En revanche, cette solution forcée s’avère « plus coûteuse en terme de croissance que via une dévaluation de la monnaie », de reconnaître M. Castillo.

La « spirale grecque »

Par ailleurs, l’Espagne est parvenue à convaincre ses partenaires européens de lui laisser jusqu’en 2015 pour ramener son déficit à 3 % du PIB (6,3 % actuellement).

Or malgré les concessions de Bruxelles et les milliards susceptibles de pleuvoir sur le pays prochainement, l’économiste de Natixis se montre prudent. L’austérité, aussi nécessaire soit-elle parfois, comporte des effets pervers : « Car si vous prenez des mesures d’austérité pour réduire votre déficit public, ça déprime votre croissance et, du coup, vous n’obtenez pas les recettes fiscales que vous escomptiez. Et donc, du coup, vous n’arrivez pas à réduire votre déficit public, et donc, du coup, vous prenez de nouvelles mesures de rigueur, et ainsi de suite. Vous vous trouvez alors dans une « spirale récessive » comme en Grèce. »Philippe Rodrigues-Rouleau (St.)