Une maison dessinée en une demi-heure

CAROLINE DUNSKI

mardi 24 avril 2012, 11:45

L'architecte Michel Poulain avait eu un flash, une vision de sa future maison. Après bien des péripéties, sa « maison-bateau » est née, à Mons. Douze ans plus tard, l'heure des premiers bilans.

Une maison dessinée en une demi-heure

: DR

La maison a 12 ans, elle mériterait un bon lifting, confie Michel Poulain, architecte et habitant de cette bâtisse « cachée » derrière un imposant bâtiment qui abrite des studios. Si c'était à refaire, je referais tout : je n'utiliserais plus de blocs en béton apparent et les murs formeraient des aplats de couleur, le chauffage se ferait par le sol et je ne mettrais plus de points lumineux ponctuels dans le plafond. Les spots actuels donnent une lumière verticale agressive. A refaire, je préférerais travailler avec des halogènes sur pied qui dirigent une forte lumière vers le plafond d'où elle peut rebondir de manière plus uniforme et plus douce. »

L'homme exagère cependant quand il dit « tout ». Il garderait l'esthétique générale du bâtiment, son volume bas et allongé, avec les fenêtres rondes qui lui ont valu le surnom de « maison bateau », la toiture courbe qui évoque un cocon et son côté protecteur, les murs en cuivre qui servent de capteurs solaires et en font une construction basse énergie avant l'ère, le plancher sur lequel il aime tant marcher pieds nus…

Une opposition motivante

Au départ pourtant, Michel Poulain n'avait pas prévu d'installer son domicile derrière cette ferme achetée à côté de l'Université de Mons. « Historiquement, nous avons acheté un bâtiment qui représentait une opportunité financière avec l'objectif d'en faire des studios et la possibilité d'avoir un jardin pas trop éloigné de la petite maison que nous habitions au centre-ville. Je voulais faire l'expérience de la location et investir dans des briques. J'aime bien bricoler et ça m'intéressait de mettre la main à la pâte. Un soir, alors que je me reposais assis contre le mur de la grange après une journée épuisante, j'ai remarqué cette cheminée de l'école industrielle. C'est la vue que je désirais avoir depuis la maison que j'ai dessinée sur une feuille A4 en une demi-heure. C'était une espèce de flash, de révélation. Mais j'étais conscient que cela ne passerait pas à l'urbanisme ni ailleurs. Financièrement, c'était beaucoup trop cher, cela représentait 1.600 euros par mètre carré ! Mais la fameuse opposition de l'urbanisme m'a motivé. Si ça avait été trop vite et trop simple, peut-être que je ne l'aurais pas fait. Les enfants grandissaient et la maison du centre-ville devenait vraiment trop petite. »

Son épouse Agnès lui fait confiance. Quelque dix ans après s'y être installés, Michel, Agnès, Valentine et Emile y vivent globalement comme l'architecte l'avait imaginé. Le séjour, le bureau et la cuisine forment un espace unitaire à l'étage supérieur d'où l'on accède à la terrasse avec piscine par des escaliers.

« Dans la petite maison, nous n'avions pas d'intimité. Nous étions l'un sur l'autre. Cette maison-ci a été conçue pour corriger les éléments négatifs de la précédente. Le modèle qui me plaît le plus, c'est la grotte, avec son univers unique. Ici, on ne peut pas faire autrement que de se retrouver. Les chambres aménagées à l'étage inférieur sont volontairement petites pour que les enfants aient envie d'y dormir, mais pas d'y rester. Quand ils ne vivront plus avec nous, nous pourrons en faire un dressing. Ma mère pourrait aussi nous rejoindre. » Quand Michel Poulain souhaite s'isoler, il prend son ordinateur et rejoint le studio aménagé dans la grange où il allume un petit feu de bois. Cette même grange qui serre de fourre-tout et d'espace de liberté pour les enfants devenus étudiants.