Faire construire sa maison à Bruxelles, c'est (encore) possible

PATRICE LEPRINCE

vendredi 27 avril 2012, 11:40

Plus urbanisée que jamais, la capitale dispose encore de terrains à bâtir. ● Du côté d'Auderghem, notamment, où l'on enregistre chaque année quelques demandes de permis émanant de particuliers qui souhaitent faire construire leur logis.

Faire construire sa maison à Bruxelles, c'est (encore) possible

Est-il encore possible, pour un particulier, de faire construire son habitation dans la capitale ? A entendre les spécialistes, la réponse est positive. Reste que le concept relève assurément du « micromarché ».

Un pari fou

Architecte de profession, Pierre Gillot dit avoir réappris son métier en se lançant, avec sa compagne, Natacha Sohier, dans la construction d'une unifamiliale du côté de la rue de la Vignette, à Auderghem. Une aventure qui démarre il y a trois ans lorsque le couple décide de construire sur le terrain jouxtant sa maison. Gabarits : 5 mètres en façade, 13 m de profondeur pour 225 m2 habitables. Difficulté supplémentaire : opter pour le standard passif. « Côté architecture, nous sommes restés assez sobres, mais une fois à l'intérieur tout est plus évolué avec ventilation double flux et chauffage basse température. »

Une fois son projet imaginé sur papier, le couple introduit une demande de permis. Qui est délivré dans les quatre mois. « Au départ, nous avions pensé à faire une piscine au rez-de-chaussée et on s'est vite rendu compte que cela s'avérerait bien trop compliqué. »

Ensuite, place aux entrepreneurs. « Sur une dizaine, seuls trois ont répondu, les autres estimant qu'un projet situé en pleine ville et dans une petite rue entraînait trop de complications pour occuper la voie publique avec le risque de voir pleuvoir les PV. » Le gros œuvre a pris huit mois. « Et les parachèvements à peu près autant », poursuit Pierre Gillot. Quant aux coûts : hors terrain, il a fallu débourser 224.000 euros, TVA comprise. « Soit 1.000 euros le m2, un beau challenge, non ? »

« Que ce soit pour les unifamiliales ou les villas, les particuliers qui souhaitent faire construire se tournent en majorité vers les Brabant wallon et flamand, entame Eric Verlinden, l'administrateur délégué de Trevi. En Région bruxelloise, ils peuvent s'attendre à galérer, l'offre de terrains étant extrêmement réduite. » C'est qu'à Bruxelles, plus densément bâtie que jamais, les réserves foncières fondent comme neige au soleil. Et ce même pour les promoteurs qui ont les épaules assez larges pour acheter et bâtir sur un terrain avant revente. « Ce potentiel est en train de disparaître, poursuit notre interlocuteur. Il y a encore vingt ans, Bruxelles/19 communes disposait de pas mal de réserves foncières, mais elles sont mangées petit à petit. Et dans les quatre ou cinq prochaines années, je pense qu'on arrivera au bout. »

« Les terrains se raréfient, c'est vrai, mais je pense qu'il existera toujours des opportunités, notamment via la démolition/reconstruction », estime pour sa part Philippe Gilson. Il y a peu, l'immobilière Gilson s'est encore lancée dans l'aventure du côté de Saint-Gilles, rue Africaine, dans un quartier plutôt prisé car proche du Châtelain. Et qui répond à LA règle de base : « une bonne situation géographique », souligne Philippe Gilson qui a fait appel au cabinet d'architectes Roose & Partners pour mener à bien le projet. « Dans certains quartiers, le Pras (plan régional d'affectation du sol) permet de changer l'affectation d'anciens entrepôts ou garage en logement ; dans le cas de la rue Africaine, il s'agissait d'un ancien garage », précise le cabinet Roose.

Gabarits, densité, les prescrits urbanistiques à respecter sont nombreux. Comme la PEB (performance énergétique des bâtiments) qui, dès 2015, imposera le standard passif. « L'acoustique est également primordiale surtout en milieu urbain et, dans un périmètre restreint, il est parfois difficile de doubler les murs ou créer des structures indépendantes. »

A titre indicatif, chaque projet étant différent et fonction de nombreux paramètres (dérogations, recours…), le cabinet Roose parle d'une fourchette oscillant autour des six mois pour obtenir un permis d'urbanisme. Quant à la construction, « on peut parler de 12 à 15 mois pour une unifamiliale de 200 à 300 m2 ».

Six mois pour obtenir un permis, c'est aussi le délai pointé par Cécile Jodogne (FDF), échevine de l'urbanisme à Schaerbeek. « C'est le cas pour 90 % des dossiers que nous rencontrons. » Des dossiers qui ne se bousculent pas puisque depuis 2007, la commune n'a enregistré que 4 constructions d'unifamiliales.

A Auderghem, on enregistre bon an mal an de 2-3 à 5-6 demandes de permis pour la construction d'unifamiliales. « En ce compris les démolitions/reconstructions, mais elles sont assez rares, pointe l'échevin (FDF) de l'urbanisme Alain Lefèvre. Un des cas de figure les plus récurrents est l'utilisation de jardins latéraux revendus pour construire une deuxième maison. Par ailleurs, nous avons aussi plusieurs dossiers chaque année de rénovations en profondeur après lesquelles on ne reconnaît plus du tout l'habitation d'origine. »

Mais ça, c'est une autre thématique.