Une maison qui fait la part belle à la lumière naturelle

PAOLO LEONARDI

vendredi 11 mai 2012, 12:07

A Verrières-le-Buisson, dans la banlieue parisienne, le spécialiste danois des fenêtres de toit Velux a construit une maison d'un type particulier. Comme quelques autres maisons construites avant elle ailleurs en Europe, elle utilise le toit comme une « cinquième façade » pour privilégier le confort de vie. Visite

Une maison qui fait la part belle à la lumière naturelle

Les fenêtres assurent une luminosité permanente © nina fryland

Au vu des hallebardes qui tombent sur Verrières-le-Buisson, les responsables de la société danoise Velux sont bien en peine de souhaiter la bienvenue aux représentants de la presse venus visiter une maison témoin d'un genre un peu particulier.

Reprise sous la bannière « Model Homes 2020 », cette demeure située dans cette banlieue chic de Paris est la petite dernière d'un vaste projet dont l'origine remonte à 2009 et qui en comporte six au total (les autres ont été construites au Danemark, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Autriche).

Toutes ces habitations sont neutres en CO2, c'est-à-dire qu'elles produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment. Autre particularité : elles sont habitées par une famille qui y loge gratuitement pendant un an (lire par ailleurs).

L'objectif pour le spécialiste danois de fenêtres de toiture est de se préparer au mieux aux normes de 2020 qui imposeront des bâtiments à énergie positive pour toutes les constructions neuves en Europe. Lors du dernier salon Batibouw, Connie Hedeggard, la commissaire européenne en charge de l'Action pour le climat, était venue tirer la sonnette d'alarme en intimant les Etats membres à agir au plus vite. « Il est minuit moins cinq, avait-elle notamment déclaré. Au rythme où vont les choses, nous n'arriverons même pas à réaliser la moitié des objectifs européens 20/20/20 (NDLR : 20 % de réductions des émissions de gaz à effet de serre, 20 % d'énergies renouvelables et 20 % d'économies d'énergie). »

Les ingénieurs et architectes de Velux sont convaincus que des solutions existent au niveau des bâtiments qui sont à l'origine de 40 % de la consommation totale d'énergie dans le monde. D'où cette maison parisienne que – on le remarque dès la porte d'entrée franchie – la lumière naturelle suffit presque à éclairer, et ce malgré le (très) mauvais temps dehors. « Cette maison n'utilise pas de systèmes révolutionnaires, mais bien les matériaux existant aujourd'hui sur le marché, commence par expliquer Nicolas Baupin, ingénieur thermicien chez Velux. Outre les économies d'énergie, sa mission première est de mettre l'accent sur le confort de vie. »

Pour ce faire, et puisqu'il s'agit d'une maison expérimentale, les Danois n'ont pas lésiné sur les moyens. Au total, douze fenêtres de toit automatisées et deux puits de lumière ont été placés sur les différentes toitures de la bâtisse. Le toit n'est rien d'autre ici que la cinquième façade de la maison et la surface vitrée représente ainsi plus de 33 % de la surface totale. « Dans ce concept, plusieurs pentes de toiture ont été étudiées, explique à ce propos Audrey, une des architectes du bureau parisien « Nomade ». Le toit est une source de lumière, d'air frais et d'énergie. Les angles d'inclinaison et les orientations ont été adaptés en fonction des facteurs environnants afin de maximiser la pénétration de la lumière du jour et de l'énergie solaire. »

Pour Nicolas Baupin, « l'accès à la lumière naturelle est un élément important dans le confort de vie de chacun d'entre nous. La qualité de l'air intérieur, rendu optimal grâce à un système de ventilation mécanique double flux, et le confort thermique, qui assure une parfaite gestion des chutes de température l'hiver et des surchauffes en été, complètent le triangle. »

Outre le hall d'entrée, situé au niveau de la rue, le rez-de-chaussée placé légèrement en contrebas comprend la cuisine, la salle à manger, le salon, une chambre, une salle de bains, un WC et une pièce technique dans laquelle on aperçoit une immense pompe à chaleur (elle possède en son sein un ballon solaire de 1.000 litres).

Au premier étage, on trouve une mezzanine (qui peut aisément être transformée en bureau ou en salle de lecture…), deux chambres et une autre salle de bains. Au total, la maison propose une surface habitable de 130 m2.

Si le Français la trouvera fort à son goût, le Belge ne manquera pas de s'y sentir à l'étroit, mais il ne faut pas oublier que l'on se trouve ici dans une commune où le prix au mètre carré vole aussi haut que les avions que l'on voit passer au loin (nous sommes à deux pas de l'aéroport d'Orly).

Grâce à un logiciel inventé par Velux, la quantité de lumière est calculée en permanence et un système interne gère automatiquement les différents postes de la maison. A chaque pièce sa télécommande qui permet de ne pas être prisonnier du système et de commander soi-même par exemple l'ouverture des fenêtres ou l'abaissement des stores pare-soleil.

Hors frais de terrain et d'architecte, la maison de Verrières-le-Buisson serait reproductible ailleurs pour un montant compris entre 1.500 et 2.000 euros du mètre carré, ce qui paraît (très) peu vu le bel état des finitions constaté sur place.

Inaugurée en octobre 2011, elle n'attend plus que sa famille test. Elle devra toutefois encore attendre un peu car au dernier décompte, plus de 270 familles avaient postulé. Du jamais vu !