Le LED est mûr, il n'y a qu'à le cueillir

PAOLO LEONARDI

vendredi 25 mai 2012, 11:39

A l'échelle mondiale, la lumière représente 20% de la consommation annuelle d'électricité. Et 60% de cette part sont générés par les seuls centres commerciaux et autres espaces publics. Aujourd'hui au point, la technologie LED aide à réaliser d'importantes économies d'énergie.

Le LED est mûr, il n'y a qu'à le cueillir

: DR

Après plusieurs années de gestation, le LED a fait une avancée spectaculaire au récent Salon Light&Building de Francfort. Parmi les nombreux exposants, Philips n'était pas le moins actif. Normal après tout puisque le géant d'Eindhoven emploie 5.000 personnes au secteur de la recherche en matière de lumière, un domaine pour lequel il dépense quelque… 500 millions d'euros annuels.

Le LED, c’est quoi ?

C'est le sigle pour « diode électroluminescente », une technologie d'éclairage réputée pour sa taille fort réduite, son meilleur rendement, sa résistance, ses économies d'énergie, sa durée de vie et sa sécurité. Seul défaut : son prix mais celui-ci va forcément baisser. (PAL)

Un chiffre, pardon un pactole, qui fait forcément rêver Rogier van den Heide, le responsable du design au sein de la firme néerlandaise. Et qui, parfois, doit forcément le faire frémir aussi, eu égard à l'énorme défi face auquel il se trouve.

Car le LED est une révolution qui va bien au-delà de ce que l'on peut imaginer. « Les gens pensent que la transformation de la lumière est la même que celle qui a salué le passage du film 35 mm à la caméra digitale, ou de la cassette audio au CD, dit ainsi ce Hollandais de 41 ans qui a parfait ses études à Gand et à Bruxelles. Mais avec le premier, on reste toujours dans le domaine du film et avec le second dans celui de la musique. L'industrie de la lumière va quant à elle bien au-delà du simple éclairage. Le LED peut créer une lumière nécessaire et bienfaitrice qui peut, par exemple, s'adapter aux différents moments de la journée et aider les élèves à mieux travailler à l'école ou les personnes malades à guérir plus vite. On peut aussi l'adapter au rythme circadien de notre corps afin d'améliorer la qualité du sommeil, l'utiliser pour rendre des endroits plus sécurisés ou pour augmenter la productivité des employés. Ses fonctions sont vraiment multiples. »

Avec une enveloppe de 500 millions d'euros annuels à gérer, Rogier van den Heide a de quoi « s'amuser ». Il ne regrette en rien son expérience de designer indépendant, lorsqu'il exerçait ses talents de spécialiste de la lumière au Royal Opéra de Gand notamment. « J'ai rejoint Philips il y a deux ans car je veux avoir une influence sur l'industrie du luminaire, dit-il sans détour. Créer un produit pour la masse est autrement plus intéressant que de le faire pour un cercle fermé. Et puis, avec un tel budget, je peux m'amuser (rires). Mais en même temps, je n'ai pas droit à l'erreur. Or, le défi est énorme car ce qu'on me demande, ce n'est rien moins que de changer la lumière pour des millions de personnes à travers le monde. »

Avec les possibilités qu'offre le LED, Rogier van den Heide et ses acolytes parviendront à imprimer quelques changements majeurs sur l'industrie. Et l'on peut y ajouter l'OLED, qui propose une lumière plus douce, pouvant être logée dans des supports presque aussi fins qu'une lame de rasoir et aussi surprenants que… la combinaison de la chanteuse des Black Eyed Peas.

Pour Rogier van den Heide, les deux techniques se complètent. « Quand je veux voir les ombres, je choisis le LED, dit-il ainsi. Si je veux une lumière plus douce, je vais vers l'OLED. »

Les avantages du LED sont multiples et désormais connus de tous (solidité, maniabilité, économique…). Reste à trouver les bons produits. « Un bon design est celui qui est désirable par le consommateur, techniquement réalisable pour le constructeur et économiquement viable pour les deux parties, explique le designer. Mais surtout, il doit aider à vivre mieux en créant un meilleur environnement. »

Jadis décrié par les créateurs pour la « froideur » de la lumière qu'il projetait, le LED devient plus chaleureux, plus intime. C'est tout profit à l'échelle domestique puisqu'on pourra bientôt « dimer » (varier) la lumière et passer d'une lumière blanche à une lumière chaude comme celle qui s'échappe d'une bougie. Le dîner aux chandelles éclairé par la technique LED, c'est désormais possible.

Mais le LED a d'autres vertus qui nous concernent tous. Utilisé pour un usage professionnel et public, il réalise de substantielles économies. C'est le cas de la tour Montparnasse à Paris, qui économise déjà 90 % de sa consommation d'électricité. Idem pour l'autoroute qui relie l'aéroport au centre de Kuala Lumpur, éclairée par une lumière chaude que l'on rêverait de voir sur nos autoroutes.

Lorsqu'on parle d'économies, il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard pour en faire. Car la lumière représente 20 % de la consommation annuelle d'électricité à l'échelle mondiale. Et 60 % de cette part sont générés par les seuls centres commerciaux et autres espaces publics. Dans son allocution à la presse à Francfort, Frans van Houten, le grand patron de Philips, a été très clair : d'ici 2015, plus de 45 % du marché mondial sera équipé au LED. « La technique est aujourd'hui au point, elle ne demande qu'à être utilisée ! Si on adaptait l'entièreté de l'éclairage mondial au LED, on ferait une économie générale de 40 % », a-t-il notamment déclaré.

Après un temps de maturation, le LED est aujourd'hui mûr. Il n'y a plus qu'à le cueillir.