Vienne veut s'imposer comme la nouvelle destination européenne de très haut luxe

MELANIE GEELKENS

mardi 29 mai 2012, 12:36

Avec 11,4 millions de nuitées en 2011, la capitale autrichienne s'offre une belle progression sur le marché du tourisme. Avec l'arrivée massive d'Allemands et de Russes, les prix de l'immobilier flambent. En 2012-2013, pas moins de cinq hôtels de luxe vont y ouvrir leurs portes.

Vienne veut s'imposer comme la nouvelle destination européenne de très haut luxe

Un investisseur autrichien a entrepris de transformer un bâtiment abandonné en hôtel 5 étoiles Un investissement de 45 millions d’euros Un ensemble de 63 chambres (ci-dessus) et de 15 appartements décorés de façon

Un mardi, en début de soirée. La Graben Straße s'est désertée des centaines de touristes qui, quelques heures plus tôt, arpentaient avec frénésie les boutiques de luxe de cette célèbre artère commerçante. Vienne, ville morte dès la nuit tombée ? Les apparences sont trompeuses. Désormais, c'est dans les nombreux bars et restaurants que la fête se poursuit. Des adresses sélectes, branchées et surtout bondées. Le genre d'endroits où le vestiaire est obligatoire et où l'attribution de tables se fait généralement à la tête du client.

La capitale autrichienne se la joue plutôt bon chic, bon genre. Son ambition ? Devenir le nouveau « place to be » européen et rivaliser avec Paris, Londres ou Berlin. Rien que ça. Sa stratégie semble porter ses fruits : 11,4 millions de nuitées enregistrées en 2011, soit une augmentation de 5 % par rapport à l'année précédente. OK, c'est encore loin des 35,8 millions de nuitées comptabilisées dans la capitale française, par exemple, mais l'office viennois du tourisme s'offre les moyens de ses ambitions : 14 millions d'euros de budget en 2012 pour faire les yeux doux aux visiteurs étrangers.

Les Allemands, suivis par les Américains et les Russes principalement, en ont fait une destination de prédilection. Voire un pied-à-terre. Les charmes historiques de la ville commencent à séduire de plus en plus d'investisseurs internationaux. « Depuis deux ans, on constate une explosion du tourisme mais aussi le développement du marché résidentiel, notamment à destination des Russes, expose Norbert Winkelmayer, un investisseur autrichien qui a entrepris de transformer un bâtiment abandonné en hôtel cinq étoiles. L'enquête Mercer 2011 a décerné à Vienne le titre de ville possédant la meilleure qualité de vie dans le monde. Les rues sont très sûres, il y a une belle offre culturelle… Et la vie y est quand même moins chère, comparé aux autres capitales européennes. »

Conséquence : les prix de l'immobilier flambent. « Il y a quelques années, dans le premier district (le quartier le plus central et le plus historique, NDLR), le mètre carré se vendait environ 7.000 euros. Aujourd'hui, il n'est pas rare qu'il atteigne 25.000 euros !, affirme Richard Buxbaum, responsable de l'agence immobilière Otto. Aujourd'hui, le marché s'est stabilisé et l'on peut dire que les meilleures affaires ont déjà été réalisées. »

Pourtant, la capitale autrichienne ne se livre pas facilement aux mains des entrepreneurs. C'est qu'elle tient à son look historique (immeubles baroques, palais somptueux, statues imposantes…) comme à la prunelle de ses yeux. « Ce n'est pas facile de construire, ici, ajoute l'agent immobilier. Les règles urbanistiques sont très strictes, on ne peut pas faire ce que l'on veut. »

Cela n'empêche pas les grands noms de l'hôtellerie de vouloir s'y implanter. À côté de deux Hilton, d'un Méridien et d'un Bristol, un Sofitel est récemment venu enrichir la liste des 19 établissements cinq étoiles qu'abrite actuellement la ville. D'autres devraient très prochainement s'y ajouter : un Park Hyatt devrait ouvrir ses portes fin 2013 dans le siège central d'une ancienne banque, le palais Sans-Souci (lire ci-contre) devrait terminer sa rénovation fin 2012, l'inauguration d'un hôtel Kempinski – qui a établi ses quartiers dans le luxueux palais Hansen – est prévue pour mars 2013 et les 202 chambres du Ritz Carlton accueilleront leurs premiers clients dans quelques mois.

L'ouverture d'un Four Seasons, bien qu'annoncée depuis 2009, reste aujourd'hui incertaine, même si le projet ne semble pas totalement abandonné.

« On pourrait se demander si Vienne a encore besoin d'un hôtel de luxe !, sourit Andrea Fuchs, responsable d'une entreprise indépendante chargée de lancer de nouveaux établissements. Mais il y a encore de la place pour les concepts originaux et uniques. »

De quoi attirer un nouveau public à Vienne. Car après avoir séduit les Russes et, depuis peu, les Japonais et les Chinois, la capitale compte bien charmer les touristes provenant de pays émergents, en particulier la clientèle issue de riches contrées arabes…