Vingt-huit appartements entièrement passifs à la recherche d'un public près de Namur

MARIE-EVE REBTS

mardi 12 juin 2012, 12:27

Que ce soit par argument commercial ou par conviction, les promoteurs et constructeurs immobiliers ne peuvent désormais plus imaginer des bâtiments sans aucune dimension « verte ». Cette considération devrait même à l'avenir devenir une obligation puisque l'Europe souhaite qu'à partir de 2021 toutes les nouvelles constructions et les rénovations importantes s'avèrent pratiquement neutres d'un point de vue énergétique.

Vingt-huit appartements entièrement passifs à la recherche d'un public près de Namur

: DR

Les entrepreneurs n'ont toutefois pas attendu cette directive pour surfer sur la vague des constructions vertes, qui rencontrent de plus en plus de succès en Belgique comme en Europe. On voit ainsi des constructeurs historiques adapter leurs produits selon les exigences énergétiques, tandis que de nombreuses entreprises spécialisées dans le passif ou le bois voient le jour.

Créée en 2008 par Eric Allegaert et Roland Vaxelaire, Coferal est un exemple typique de ces nouvelles sociétés. Cette agence de promotion immobilière a décidé de se consacrer aux logements à caractère passif ou basse énergie, et soutient une réalisation encore unique en Belgique : un immeuble de vingt-huit appartements passifs, situé à Bouge, près de Namur. « Les projets multi-résidentiels passifs sont encore très rares car a contrario des logements individuels, on dispose actuellement de très peu d'expérience dans ce domaine, commente Eric Allegaert. Les gros constructeurs n'ont pas encore osé se lancer dans l'aventure des immeubles passifs, préférant attendre de voir si c'était possible. »

Comme en témoigne le cofondateur de Coferal, « la construction des vingt-huit appartements passifs à Bouge a prouvé la faisabilité des immeubles de ce type, mais le projet a nécessité beaucoup d'innovation, des techniques différentes et des formations spécifiques pour les ouvriers ».

Côté acheteurs, cet immeuble passif a été bien accueilli puisque 21 des 28 unités ont déjà trouvé acquéreur. On retrouve parmi eux des personnes convaincues de longue date par le passif, et qui sont prêtes à payer plus cher pour avoir un logement « vert ».

« Nous rencontrons aussi des personnes plus âgées, qui sont lassées des lourdes charges énergétiques de leur maison et qui souhaitent faire une bonne affaire en investissant dans le passif, ajoute Eric Allegaert. Enfin, nous rencontrons aussi des acheteurs potentiels qui sont davantage intéressés par la situation du bien que par sa dimension passive. Ceux-là seront plus enclins à comparer, et à être parfois refroidis par le prix. »

Le passif plus coûteux mais plus rentable

Le passif s'avère en effet plus coûteux à l'achat qu'une construction normale, ou même basse énergie.

Il faut compter en moyenne 15 à 20 % de surcoût, qui peut être rentabilisé grâce aux primes, aux déductions fiscales et bien sûr aux gains énergétiques à long terme.

Ce bénéfice n'est cependant pas encore tout à fait clair au sein du grand public, qui réalise encore mal la différence entre maison passive et basse énergie.

« Il s'agit pourtant là d'exigences très différentes, insiste le cofondateur de Coferal. Dans le cas d'une construction passive, on peut se passer d'un chauffage classique et la consommation d'énergie est très réduite, voire nulle. Dans l'immeuble que nous avons construit à Bouge, les charges ne dépassent pas les quinze ou vingt euros mensuels pour le chauffage, l'électricité et l'eau. Dès lors, les logements passifs deviennent très avantageux pour les investisseurs qui souhaitent louer. Grâce aux charges réduites, le propriétaire peut en effet gagner plus d'argent, sans pour autant pratiquer des prix supérieurs à ceux du marché ! »