A vendre, magnifique hôtel avec vue…

ERIC BURGRAFF

jeudi 14 juin 2012, 11:51

L'hôtellerie familiale wallonne se meurt. Un tiers des établissements sont à remettre car devenus désuets.

A vendre, magnifique hôtel avec vue…

Il y a, en ce moment, des hôteliers qui sont en train de mourir dans leur établissement fermé. Ils lustrent les cuivres. Ils nettoient les fenêtres. Ils attendent l'amateur mais il ne vient pas. » Thierry Neyens, président d'Horeca Wallonie, a le cœur gros. Moins pour lui-même qui exploite une maison florissante dans le Sud-Luxembourg que pour la génération qui, avec deux décennies de plus que lui au compteur, arrive aujourd'hui en fin de carrière.

A l'inverse de Bruxelles ou de certaines villes flamandes, en Wallonie, l'hôtellerie familiale gère toujours l'essentiel des chambres disponibles sur le marché.

Le secteur, qui a connu ses heures de gloire dans les années 80 et 90 est en profonde dépression. Un tiers des établissements sont à remettre ou le seront dans les toutes prochaines années. Et la plupart risquent de rester longtemps dans la longue liste des hôtels disponibles sur le marché.

Ainsi cette honorable maison des bords de la Semois, entre Gaume et Ardenne : belle demeure patrimoniale, une vingtaine de chambres confortables, une table réputée… magnifique situation mais charme désuet. Le propriétaire qui voyait poindre la retraite en voulait 2,5 millions d'euros il y a deux ans. Aujourd'hui, il le céderait volontiers à son unique amateur pour 1,5 million mais la banque de l'investisseur fait la fine bouche.

Ce cas réunit à lui seul toutes les données du problème : peu d'investissements ces dernières années, standards de confort dépassés, gros travaux à envisager, difficultés de trouver du personnel, banques frileuses vis-à-vis du secteur… Ajoutez-y la concurrence des gîtes et chambres d'hôtes, les destinations « soleil garanti pour pas cher » et le tableau sera complet.

« Le patrimoine c'est souvent l'épargne-pension de l'hôtelier. Or, dans la situation actuelle ce capital fond comme neige au soleil », dit Thierry Neyens. « Oui, l'hôtellerie familiale est en péril, et à travers elle c'est tout le secteur touristique wallon qui risque de souffrir. »

Alors, avec la Fédération touristique, la chambre de commerce et la Fédération Horeca, le Luxembourg vient de créer un « comptoir hôtelier », une sorte de « help desk » à destination des professionnels en fin de carrière, des candidats investisseurs et bien entendu des hôteliers en activité.

« Pour qu'un patrimoine ait une valeur dans ce secteur, il faut qu'il y ait un rendement possible derrière, résume Migüel Bellot, responsable de ce comptoir hôtelier. Or c'est souvent ce qui fait défaut. Il est parfois plus judicieux d'investir 500.000 euros dans du neuf que de reprendre une maison qui a mal vieilli. Tout notre travail consiste donc à donner les conseils pour maintenir les établissements aux normes, les remettre au goût du jour, améliorer leur rentabilité, monter des dossiers de subventions… »

Pour identifier toutes ces petites choses qui font la différence entre les établissements qui se meurent aujourd'hui et ceux qui, malgré la crise ont manifestement de belles perspectives devant eux.