Des voyages d'un autre temps, à savoir le nôtre
PAOLO LEONARDI
vendredi 15 juin 2012, 10:39
Depuis 2004, Aricia organise des voyages inhabituels basés sur l'architecture et l'urbanisme. But : faire découvrir la société actuelle dans laquelle nous vivons. Rencontre avec Michaël Lucas, l'un des fondateurs.
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Du barreau de Bruxelles aux voyages organisés, il n'y a qu'un pas. Que Michaël Lucas (photo) a allégrement franchi en 2004, lorsqu'il a créé Aricia avec sa compagne Brigitte Pétré. Les (vraiment très) savants auront reconnu dans ce terme le nom latin désignant une sorte de papillon. Normal : l'insecte volant est l'emblème de cette agence de voyage pas comme les autres puisqu'elle est spécialisée dans les trips à multiples vocations. « On aime papillonner entre la dimension culturelle, urbanistique, architecturale, écologique et sociale de l'endroit visité, justifie Michaël Lucas. La majorité des voyages organisés se penchent sur le passé avec la visite de berceaux de civilisations anciennes. Brigitte et moi avons voulu déplacer le curseur pour nous intéresser aux voyages qui traitent du présent. »
Ceux-ci prennent la forme d'incursions en terres innovantes : Copenhague, Malmö, la Suisse romande, Fribourg en Allemagne ou encore le Voralberg, le länd autrichien le plus emblématique de la construction passive où le bois est travaillé dans une finition jamais égalée ailleurs.
Des bureaux d'architecture comme clients
« Au Danemark nous avons emmené nos clients à Kalundborg, un petit village connu pour son écologie industrielle, poursuit notre interlocuteur. Un modèle du genre dans le monde reposant sur quatre ou cinq grosses entreprises qui fonctionnent dans une grande connectivité. Par exemple, les déchets de l'une d'entre elles deviennent la matière première d'une autre. On explique le tout avec des gens de terrain triés sur le volet. Passionnant ! » Vous l'aurez compris : si à Rome et à Paris c'est le Colisée et la tour Eiffel qui vous attirent, passez votre chemin. « Nous cherchons à expliquer comment fonctionne la société dans laquelle nous vivons. Nos clients sont des bureaux d'architecture, des agences de promotion immobilière, des fondations pour l'architecture, voire des administrations comme la ville et la Région de Bruxelles-Capitale. »
Mais Aricia peut également mettre sur pied des séjours à la carte pour des privés à condition qu'un groupe suffisant se dégage. « Nous essayons toujours de séjourner ou de manger dans des endroits intéressants sur le plan architectural. Une fois, nous avons ainsi visité un musée et logé dans un hôtel dessiné par Tadao Ando, à Naoshima. On ne travaille jamais avec des guides touristiques locaux mais plutôt avec des journalistes, des sociologues ou encore des urbanistes. On tombe souvent sur des passionnés qui apportent une autre dimension. »
Sa passion à lui, Michaël Lucas la tient de ses expériences passées, notamment celle qui remonte à 1994, année où il fut le directeur de cabinet d'Henri Simons, alors échevin de l'urbanisme de Bruxelles, un homme connu pour son amour pour l'architecture contemporaine (Lucas fut ensuite directeur du cabinet de Jean-Marc Nollet et directeur de campagne du parti Ecolo avant de se retirer de la politique).
C'est lui qui l'a mis en contact avec le monde immobilier dans lequel il berce toujours aujourd'hui puisqu'il organise l'Immorun et le Green Energy Run, deux compétitions bien connues. « Au début des années 90, tenter d'introduire la dimension écologique dans la construction revenait à mener une guérilla contre les promoteurs immobiliers, se souvient-il, un brin amusé. Je me rappelle un projet de crèche écologique que nous voulions construire avec le bureau d'architecture R2d2. On nous traitait de fous ! Aujourd'hui, je n'ai rien contre l'économie de marché car c'est la seule qui marche mais elle doit tenir compte de l'impact environnemental. » La durée des voyages organisés peut varier entre trois jours et deux semaines et les prix oscillent entre 800 à 1.200 euros par personne, tout compris. « Mon rêve ? Organiser un voyage sur l'architecture au Brésil car il y a énormément à en dire », conclut Michaël Lucas.
Avec l'organisation de la Coupe du monde de « futbol » (en 2014) et des Jeux olympiques (2016), les architectes cariocas vont, il est vrai, avoir du pain sur la planche. Tentés par São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte ?
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