La chasse aux maisons abandonnées est ouverte dans la capitale wallonne

XAVIER ATTOUT

jeudi 21 juin 2012, 10:59

Des maisons sont inoccupées et abandonnées depuis des années. Le propriétaire ne donne parfois même plus signe de vie. Certains cas sont faciles à traquer pour l'administration. D'autres sont beaucoup plus compliqués à repérer.

La chasse aux maisons abandonnées est ouverte dans la capitale wallonne

Plus personne n’est domicilié au 85 de la rue des Verreries, à Jambes, depuis octobre 2001 L’immeuble s’est rapidement dégradé comme en attestent ces deux photos prises à onze ans d’intervalle © bruno d&

La rue est paisible. Les maisons ouvrières s'étendent à perte de vue. Toutes sont relativement bien entretenues. Sauf une, une grande villa qui entrave cette uniformité. Il ne faut pas être un expert immobilier pour remarquer que cette maison de caractère est abandonnée. La bâtisse fait même peine à voir. Le rez-de-chaussée n'est plus visible, tant il est recouvert de végétation. Une partie des parements de la façade est à terre. La plupart des vitres sont brisées. À l'intérieur, ce n'est pas mieux. Trois incendies ont ravagé les différentes pièces. Des arbres poussent même dans la cheminée. Alors qu'à l'arrière, des détritus en tout genre ont envahi la cour intérieure.

La réquisition, une solution compliquée

Chaque hiver, lorsque des centaines de sans-abri se retrouvent contraintes d'affronter le froid dans les rues, la question revient sur le devant de la scène. Faut-il réquisitionner les bâtiments vides afin d'offrir un toit aux personnes les plus démunies ?

Une loi fédérale, baptisée « Onkelinx » et adoptée en 1993, offre cette possibilité aux bourgmestres. Mais dans les faits, rares sont ceux qui la mettent en pratique. D'abord car cela nécessite de tenir à jour un cadastre des immeubles inoccupés (depuis au moins six mois), ce que peu de communes réalisent (lire ci-contre). Ensuite car les entités seraient d'abord obligées de mettre à disposition leurs propres biens (ou ceux de son CPAS) avant de « s'attaquer » à ceux de propriétaires privés. Ce que peu d'entre elles sont apparemment disposées à faire…

Cette situation perdure depuis une quinzaine d'années. Plus personne n'est domicilié au 85 de la rue des Verreries, à Jambes, depuis octobre 2001. Il s'agit du plus ancien bâtiment inoccupé à Namur. Le symbole en quelque sorte de la traque lancée en 2007 par la Ville contre les bâtiments abandonnés (voir ci-contre).

Il n'a pas fallu bien longtemps aux services concernés pour découvrir que plus personne n'avait dormi dans l'une des trois habitations de cette villa depuis bien longtemps. Un riverain a signalé la situation. Ce n'est pas toujours le cas. Selon le Code wallon du logement, un bien est considéré comme inoccupé s'il a été déclaré inhabitable depuis au moins douze mois (par la commune ou le gouvernement wallon), s'il ne dispose pas du mobilier indispensable ou si personne n'y est inscrit dans les registres de population depuis un an.

Dix cas par an

« À Namur, nous sommes avertis par l'administration qui nous signale que plus personne n'est domicilié dans ce logement, explique le président du CPAS Philippe Defeyt (Ecolo), dont l'institution gère ce dossier. Un agent de quartier confirme l'inoccupation. C'est notre critère principal. Il y a également des dénonciations de la part de riverains. » Autre possibilité : se pencher sur les factures de consommation d'eau, de gaz ou d'électricité. « Mais il faut faire attention : certains propriétaires poussent le vice jusqu'à prendre une douche de temps à autre pour éviter de payer la taxe !, sourit Olivier Hissette, chef de cabinet du président du CPAS de Namur. Au total, on découvre dix nouveaux cas par an. »

Qu'est-ce qui peut bien motiver les propriétaires à laisser leur bien se déprécier ? Les raisons sont multiples : problèmes de succession, âge avancé du propriétaire, difficulté de trouver un locataire dans certains quartiers ou encore coûts des travaux de rénovation trop onéreux. « Il n'y a aucun intérêt à laisser moisir son bien, tranche Olivier Hissette. Ou bien il faut être un marginal ! Notre travail de “réquisition douce” débute par une phase à l'amiable. Après, si la procédure stagne, le CPAS peut prendre le bien en gestion. C'est ce qui se passe avec le propriétaire de la maison de la rue des Verreries. Nous n'avons eu aucun signe de vie depuis 2007 ! Or, nous connaissons la personne. Notre objectif n'est pas de sanctionner les propriétaires ou de réquisitionner des logements, mais de remettre les biens sur le marché. »

Certaines propriétaires font pourtant la sourde oreille. Et ce, malgré les courriers les invitant à payer la taxe ou à confier leur bien en gestion au CPAS. Depuis quelques semaines, l'institution est passée à la vitesse supérieure en envoyant une citation à comparaître devant la Justice de paix à deux propriétaires.

Notons qu'il est aisé pour ces derniers de se défendre. La procédure peut être très rapidement arrêtée. Une demande de permis d'urbanisme relative à la réhabilitation d'un logement suspend l'action. Encore faut-il que le propriétaire aille au bout de ses travaux… « J'ai eu des cas où certains propriétaires mettaient trois sacs de ciment et deux pelles devant la maison pour faire croire que le bâtiment était en cours de rénovation. Certains spéculent, en espérant qu'un quartier devienne attractif. Mais nous ne pouvons pas attendre ! »