« Le candidat du manque de courage » : Hollande face aux critiques

Rédaction en ligne

lundi 17 octobre 2011, 23:27

« La gauche molle », « champion du manque de courage »… La victoire de François Hollande à la primaire socialiste a entraîné des réactions en cascade, pas toujours positives.

« Le candidat du manque de courage » : Hollande face aux critiques

© EPA

La victoire de François Hollande à la primaire socialiste a fait pleuvoir les réactions. La droite, et plus particulièrement l’UMP n’a pas ménagé le candidat du PS.

D’ores et déjà, le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, a fait feu sur François Hollande, « champion du monde de l’ambiguïté » et du manque de « courage ». L’UMP entend aussi souligner les divisions apparues à gauche durant la campagne entre « gauche molle » et « gauche sectaire », et couper l’herbe centriste sous le pied du député de Corrèze. « La gauche réputée molle et qu’est censé incarner François Hollande n’est en rien la gauche que certains diraient fréquentable pour tel ou tel membre de notre famille politique », a clamé M. Copé.

« On dit qu’il est habile, on ne dit jamais qu’il est courageux »

Soulagée de pouvoir enfin tourner la page de la primaire socialiste, où elle est souvent apparue débordée, l’UMP veut désormais en découdre avec l’adversaire de 2012, François Hollande. « Enfin on va pouvoir cogner ! » est une expression qui, depuis dimanche soir, revient souvent dans la bouche des responsables du parti présidentiel, où l’on espère retrouver de l’oxygène après « deux mois où les socialistes ont été sous les projecteurs ».

« A l’UMP, nous entrons dans une nouvelle phase de la campagne présidentielle, avec un objectif double : décortiquer le caractère irréaliste du projet socialiste et présenter aux Français nos propres propositions », a résumé lundi le numéro un du parti, Jean-François Copé. Haro donc sur le programme d’un PS qui a « les hausses d’impôts dans son ADN », selon l’expression du ministre du Travail, Xavier Bertrand.

Le désormais candidat Hollande devrait en prendre pour son grade. M. Copé a donné le ton lundi, le décrivant comme le « champion du monde de l’ambiguïté », notamment sur les retraites et la rigueur budgétaire, et du « manque de courage ».

« On dit de François Hollande qu’il est habile, on ne dit jamais qu’il est courageux. Prendre une décision courageuse, c’est prendre une décision au risque d’être impopulaire », a-t-il asséné.

« L’UMP va faire son travail », ironisait dès dimanche Julien Dray (PS) : « vous allez voir dans quelques jours que François Hollande sera responsable de tout ce qui se passe en France ».

M. Hollande n’a donc aucune qualité ? « Si, l’humour », admet M. Copé avant d’ajouter : « c’est parfois un outil remarquable pour esquiver ».

« Sans idées et complètement lisse »

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a estimé lundi que le candidat du PS à la présidentielle, François Hollande, était « sans idée », « complètement lisse », « sans aspérité », ajoutant en outre ne « pas être sûre qu’il soit moins sectaire que Martine Aubry ».

Comme on lui demandait sur RTL si M. Hollande était « stratégiquement un meilleur candidat » que Mme Aubry, Mme Le Pen a répondu : « probablement ». « Parce qu’il est sans idée, il est complètement lisse, il est sans aspérité », a-t-elle avancé. François Hollande, « il ressemble à tous les autres », a également commenté la patronne du FN, avant d’ajouter ne pas être « sûre qu’il soit moins sectaire que Mme Aubry ». « Je l’ai écouté hier (dimanche) soir, il n’a parlé qu’au Parti socialiste. C’est peut-être après tout la gauche molle et sectaire, M. Hollande », a souligné Marine Le Pen.

Elle a estimé être « la seule (…) à dire des choses qui me semblent sortir du politiquement correct, (…) sur l’euro, sur l’Europe, sur les maux qui sont ceux de la France ». « Le peuple français, il dit rien, il est en train de subir en silence, mais il n’en peut plus. Il est volé, il est trahi, il regarde cette classe politique qui est corrompue jusqu’à la moelle, de droite et de gauche, et le jour ou il va s’exprimer, croyez-moi, je pense qu’un certain nombre de personnes auront des surprises », a-t-elle ajouté.

« Intelligent mais sans expérience »

Le journal américain New York Time décrit dans ses colonnes un homme « intelligent » et « plein d’esprit » mais sans expérience du pouvoir. « M. Hollande est intelligent, plein d’esprit, instruit dans les écoles de l’élite française mais sans expérience gouvernementale, comme ses adversaires le rappellent constamment », écrit le quotidien new-yorkais qui consacre près d’une demi-page à la primaire socialiste. Ce « centriste » n’a « jamais été ministre et n’a jamais dirigé une entreprise », insiste le journal.

Le quotidien de référence rappelle que les socialistes qui « n’ont élu qu’un seul président depuis 1958, François Mitterrand », ont « faim de pouvoir ». « La cote de popularité de M. Sarkozy est si basse que les socialistes peuvent goûter à la victoire et à la présidence quasi-monarchique qui va avec ».

François Hollande est « plus un homme de l’ombre, générateur de consensus, qu’un visionnaire », écrit le Washington Post. « Hollande est considéré par beaucoup comme le négatif bienvenu de Sarkozy » que le journal de Washington décrit comme un « battant au verbe haut ».

Le Wall Street Journal ose la comparaison de François Hollande à François Mitterrand. M. Hollande, « qu’on voit souvent sur un scooter à Paris et qui est connu pour son sens de l’humour », a « une approche qui fait penser à celle de M. Mitterrand qui se présentait lui-même comme la force tranquille », note le Wall Street Journal.

Le New York Times relève que la participation à la primaire socialiste « a été relativement modeste ». Aux Etats-Unis, les primaires sont aussi ancrées dans la vie politique que populaires.

« C’est un terrible avantage que de ne jamais avoir rien fait »

Le reste du monde politique français n’a pas manqué de réagir. Pour les députés UMP Jacques Myard, Jacques Remiller, Christian Nneste et Philippe Vitel, membres de la Droite Populaire : « C’est un terrible avantage que de ne jamais avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. François Hollande devrait méditer cette maxime de Rivarol. L’édredon du PS récolte un petit matelas de voix parfois pas du tout citoyennes puisque des ’électeurs’ étaient étrangers ou trop jeunes pour posséder le droit de vote. Ni cet édredon, ni ce matelas ne doivent endormir les Français », ont-ils déclaré dans leur communiqué.

« Les socialistes étaient sur un ring »

Eric Raoult, député UMP, sur RFI : « J’ai eu l’impression que les socialistes étaient sur un ring. Il est temps maintenant pour la droite de monter sur le ring et d’expliquer aux socialistes que ça ne va pas être un parcours de plaisir pour battre Nicolas Sarkozy ».

Pour Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement français : « Je crois que ces primaires ont mal tourné pour plusieurs raisons : d’abord parce que cela n’a pas été un grand moment de pluralisme. C’est-à-dire qu’il y a eu des primaires qui ont ’embolisé’ le paysage médiatique. Il aurait fallu avoir un temps de droit de réponse juste après, à la télévision, dans les journaux, à chaque fois que les candidats s’exprimaient. Cela aurait été plus démocratique, plus pluraliste. Cela aurait évité l’overdose de primaires que l’on a ressenti », a-t-elle affirmé sur la chaîne BFMTV/RMC.

« La gauche molle et floue a gagné »

Eric Ciotti, député UMP déclare dans un communiqué : « François Hollande a difficilement réussi à rassembler les électeurs socialistes autour de sa candidature alors que l’ensemble des candidats éliminés au premier tour avait pourtant appelé à voter pour lui. Sans ligne idéologique, il est désormais le prisonnier de ses alliés contre nature. (…) La gauche molle et floue a gagné mais elle trébuchera faute de crédibilité, de cohérence et de courage ».

Elisabeth Guigou (PS), soutien de Martine Aubry : « J’ai été bien sûr triste que Martine Aubry ne soit pas en situation de devenir la première présidente de la République. Elle a mené une campagne courageuse, combative, dans des circonstances difficiles. Hier soir, elle a fait preuve d’une grande dignité, de générosité et d’un véritable esprit de responsabilité. Le vote des primaires donne à François Hollande une légitimité incontestable et une base solide pour affronter le combat décisif contre M. Sarkozy, la droite et l’extrême droite ».

Nathalie Arthaud (candidate LO à la présidentielle) : « L’UMP, le PS et la grande presse vont maintenant nous répéter à l’envi que le match se jouera entre Sarkozy et Hollande, entre celui qui est depuis quatre ans et demi ans le principal commis du grand patronat et celui qui aspire à le remplacer. Si les travailleurs ont toutes les raisons d’exécrer Sarkozy, ils n’en ont aucune de faire confiance à Hollande. Les changements favorables aux exploités ne peuvent venir que de la pression d’en bas, des luttes des travailleurs à la mesure des attaques dont ils sont l’objet ».

Yves Pietrasanta, président de Génération Ecologie : « Personnage du changement, du rassemblement et du respect des différences, nous espérons que François Hollande saura proposer une alternative à la droitisation dangereuse de notre société et réunir les multiples forces humanistes, écologistes et progressistes de notre société ».

(P.V. et AFP)