Libération publie l'intégralité des conversations de Merah

Aurore Peignois

mardi 17 juillet 2012, 11:45

Après la diffusion des enregistrements audio entre la DCRI et le jeune tueur sur TF1, le journal français s'est procuré en exclusivité leur retranscription. Il en publie 173 pages.

Libération publie l'intégralité des conversations de Merah

Mohamed Merah

Le journal Libération a récupéré près de 200 pages de conversations entre Mohamed Merah et Hassan, l'agent de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avec qui il négociait.

Dans l'édito, Nicolas Demorand, explique que le quotidien a décidé d'expurger de ses passages les plus abjects le document, afin de ne pas « entretenir on ne sait quel voyeurisme malsain sur une tragédie qui a bouleversé la France ». Le journaliste ajoute également que cette publication « pose au contraire une nouvelle brique factuelle et dissipe une part de l'épais brouillard qui continue à entourer l'affaire ». Il souligne également le ratage des services de renseignements français et étrangers pour ne pas avoir arrêté cet individu qui se livrait à du tourisme terroriste et dont les voyages l'ont mené en Algérie, Syrie, Turquie, Palestine mais aussi au Liban, au Pakistan et au Waziristan.

En intégralité sur Liberation.fr et sous forme de larges extraits dans la version papier et pdf (le journal est d'ailleurs gratuit aujourd'hui via Facebook), Libé publie la conversation entre Mohamed Merah et l'officier Hassan. À la Une du jour, voici ce que les lecteurs pouvaient découvrir :

DCRI : Mais ça, tout ça, ces actions, c'est toi qui les as, on va dire, fomentées personnellement ou est ce qu'on te les a suggérées ? Je parle des frères, là.

M.M. : Ecoute, au début, les frères, ils m'ont dit, ils m'ont dit de tuer. Un frère, il m'avait dit quoi, un frère qui heu, qui était d'origine arabe, il m'a dit de tuer tout, tout ce qui, tout ce qui est civil et mécréant, tout : les gays, les homosexuels, heu, ceux qui s'embrassent

publiquement. Il m'a dit de les abattre, t'as vu. Et heu… et au début, bon, moi j'étais pas sûr, en parlant avec lui, il m'a apporté des avis tout ça. Mais moi, j'avais un message à faire passer. Heu… Le message, je sais que… islamiquement j'ai le droit de, de, de… de tuer des civils comme ça.

Et voilà t'as vu. Allah, il dit quoi dans le Coran ? « Combattez-les comme ils vous combattent. » Vous tuez nos civils au hasard, et ben nous, on tue vos civils. Vous tuez nos enfants, on tue vos enfants.

J'aurais jamais tué des enfants si vous aurez… si vous aurez pas tué nos enfants. J'ai tué des enfants juifs, parce que mes petites sœurs, mes petits frères musulmans se font tuer. Donc

heu, heu. Donc moi je savais qu'en tuant que des militaires, des juifs, tout ça, le message

passerait mieux. Parce que si j'aurais tué des civils, la population française aurait dit que, heu voilà, c'est un fou d'Al-Qaeda, c'est juste un terroriste, il tue des civils. Même si j'ai le droit, mais le message, il est différent. Là j'ai tué des militaires et des juifs. Les juifs, ils tuent en

Palestine. Les militaires, ils sont engagés en Afghanistan. Ils peuvent rien dire, c'est de la défense. Je tue les militaires en France parce qu'en Afghanistan, ils tuent mes frères. Je tue

des juifs en France, parce que ces mêmes juifs-là… heu tuent des innocents en Palestine. Donc voilà, c'est… J'avais un but précis. Dans mes choix de victimes.

Aurore Peignois