Charlie Hebdo accusé de « diffamation publique raciale et religieuse »

Rédaction en ligne

mercredi 19 septembre 2012, 21:45

Une plainte pour provocation à la haine a été déposée contre Charlie Hebdo. En France, des appels à manifester ont été lancés. « La République ne se laissera pas faire », a déclaré le Premier ministre français. «Charlie Hebdo a crispé la classe politique» ;l'analyse de Joëlle Meskens.

 Charlie Hebdo accusé de « diffamation publique raciale et religieuse »

AFP

Une plainte a été déposée au parquet de Paris au nom d'une association contre Charlie Hebdo pour «provocation à la haine» après la publication mercredi par l'hebdomadaire de caricatures du prophète Mahomet, a-t-on appris de source judiciaire. Une enquête a par ailleurs été ouverte par le parquet sur le piratage dont a été victime le site internet du journal, a-t-on précisé de même source.

La plainte contre Charlie Hebdo, que l'AFP a pu consulter, a été déposée dans la journée au nom de l'Association syrienne pour la liberté.

Installée dans le XX arrondissement de Paris, cette organisation a été déclarée le 6 février 2012 en préfecture de police de Paris avec pour objet de «défendre les droits de l'Homme en Syrie» et d'apporter une «aide humanitaire au peuple syrien».

L'association estime que Charlie Hebdo «a décidé de jeter de l'huile sur le feu en diffusant une caricature contre le prophète Mohammed», selon le texte de sa plainte.

Les plaignants accusent l'hebdomadaire de «provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse» ou encore de «diffamation publique raciale, religieuse». L'association, qui représente des Syriens installés en France, souhaite «apaiser les tensions» nées de la diffusion sur Internet d'un film islamophobe, a déclaré à l'AFP le conseiller juridique de l'association, Mohamed Iriqat, de nationalité franco-palestinienne.

«La très grande majorité des musulmans est pour la paix et le dialogue», a déclaré cet homme, qui se dit avocat au barreau de Palestine et doctorant en droit à la Sorbonne.

«Nous voulons éviter avec cette plainte que les musulmans ne participent à des manifestations violentes dans la rue», a-t-il poursuivi. «Mais la liberté d'expression a ses limites, si elle encourage la haine». Contacté par l'AFP, l'avocat de Charlie Hebdo, Me Richard Malka, a jugé que cette plainte, qui a bien été reçue par le parquet de Paris selon une source judiciaire, semblait «plus fantaisiste» que les dessins de l'hebdomadaire satirique.

«On est dans le n'importe quoi. (...) A mon avis, il va y avoir un sérieux problème de recevabilité», a déclaré Me Malka à l'AFP. <TH>»Quelque chose me dit que je ne plaiderais jamais ce dossier», a-t-il poursuivi. Le parquet, qui devra décider des suites judiciaires à donner à la plainte, a en revanche d'ores et déjà ouvert une enquête sur le piratage dont a été la cible le site Internet de Charlie Hebdo, a-t-on précisé. Cette enquête, confiée à la Brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information (Befti), a été ouverte après une plainte de l'hebdomadaire pour intrusion dans un système automatisé de données.

Le site web de Charlie Hebdo n'est pas accessible mais bien la page facebook de l'hebdomadaire satirique français. Facebook qui est submergée de commentaires, positifs ou négatifs. L'hebdomadaire a annoncé que son site avait bel et bien été piraté. « Le site est bloqué car il a été piraté. Apparemment, c'est une attaque encore plus massive qu'en 2011, quand Charlie Hebdo avait déjà publié des caricatures du prophète », a déclaré Charb à des journalistes au siège de l'hebdomadaire.

Ce mercredi, le magazine Charlie Hebdo fait à nouveau parler de lui dans son édition en publiant en pages intérieures des dessins du prophète Mahomet. Pari audacieux pour la rédaction dans le contexte de tensions et de violences suite à la diffusion du film islamophobe qui a embrasé le monde. Depuis sa diffusion la semaine dernière, le film islamophobe « Innocence of Muslims » produit aux Etats-Unis par un chrétien d'Egypte, a déclenché des manifestations anti-américaines dans le monde musulman qui ont causé la mort de plus de 30 personnes.

Mercredi matin, un fourgon de CRS était toujours en position près du bâtiment de sept étages où est installé Charlie Hebdo, dans l'est de Paris, non loin des anciens locaux de l'hebdomadaire, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les ambassades française sous haute surveillance

La France a pris des « précautions de sécurité particulières » pour protéger ses ambassades après la publication de caricatures du prophète Mahomet dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. « J'ai évidemment envoyé des instructions pour que dans tous les pays où cela peut poser des problèmes, on prenne des précautions de sécurité particulières », a déclaré Fabius sur France Info, se disant « préoccupé ». Il a estimé que dans le « contexte » actuel, la publication de caricatures du prophète par Charlie Hebdo jetait « de l'huile sur le feu ».

« Des dessins pas plus provocants que d'habitude »

Charb, le directeur de Charlie Hebdo a estimé que les dessins publiés en page intérieure et en dernière page du journal ne sont pas plus provocants que d'habitude. « Si on commence à se dire, parce qu'il y a 250 excités qui manifestent devant l'ambassade des Etats-Unis, qu'il faut différer ou ne pas publier des dessins, ça veut dire que ce sont eux qui font la loi en France », s'est encore défendu Charb.

L'une de ces caricatures montre Mahomet dénudé, dans une parodie d'une scène du film « Le Mépris » de Jean-Luc Godard où Michel Piccoli admire la chute de reins de Brigitte Bardot. La couverture du magazine représente un musulman dans un fauteuil roulant poussé par un juif orthodoxe, avec chapeau et papillote, sous le titre « Intouchables 2 », allusion au film éponyme.

Ces dessins « choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués en lisant un journal qu'ils ne lisent jamais », a estimé Charb, interrogé par iTélé, moins d'un an après la destruction criminelle des locaux du journal suite à une Une représentant Mahomet et jugée injurieuse par des extrémistes.

Ayrault : « Nous ne tolérerons pas de débordements »

« Nous ne tolérerons pas de débordements », a averti mercredi Jean-Marc Ayrault sur RTL au sujet des appels à manifester lancés pour protester conte la publication de caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo. « Une déclaration de manifester a été déposée. Cette déclaration sera suivie d'une interdiction », a affirmé le Premier ministre. « La République ne se laissera pas faire ».

Jean-Marc Ayrault a également souligné que ceux que heurtent les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo ont la possibilité de saisir les tribunaux, dans l' « Etat de droit » qu'est la France où est « garantie la liberté de caricature ».

Caricatures Mahomet : "Charlie Hebdo a crispé la classe politique" by Le Soir

« Les musulmans ne doivent pas céder à la provocation »

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), organe représentatif des différents courants musulmans en France, a condamné « avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans », tout en lançant « un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation ».

P.LA, P.VA (avec AFP)