Manifestations pour des réformes au Maroc

Rédaction en ligne

dimanche 20 février 2011, 18:23

Plusieurs milliers de Marocains manifestent dimanche à Casablanca et Rabat pour réclamer des réformes politiques et une limitation des pouvoirs du roi.

Manifestations pour des réformes au Maroc

AFP

C’est le premier mouvement de ce type dans le pays depuis le début des révoltes dans le monde arabe. Des manifestations rassemblant en tout plusieurs milliers de personnes ont également eu lieu dans d’autres villes marocaines, dont Casablanca, Tanger et Marrakech. Selon l’agence marocaine MAP, des localités moins importantes ont aussi connu des rassemblements. Entre 3.000 et 4.000 personnes – 1.500 en excluant les badauds, selon une source policière – se sont rassemblées à Rabat avant de défiler dans une grande artère du centre, scandant « le peuple veut le changement » ou dénonçant « la corruption ».

A Marrakech, haut lieu du tourisme au Maroc, un groupe de 150 à 200 personnes a attaqué des magasins et endommagé un restaurant McDonald’s après la dispersion de la manifestation, selon une source locale. Des incidents similaires se sont produits à Larache dans le nord. Aucun autre débordement n’avait été signalé ailleurs en milieu de journée.

« Nous voulons une réforme de la constitution, une démission du gouvernement et une dissolution du parlement », a déclaré à l’AFP à Rabat Oussama El Khlifi, l’un des initiateurs d’un appel à manifester lancé sur Facebook. Dans la foulée des événements de Tunisie et d’Egypte, de jeunes Marocains avaient lancé sur ce réseau social le mouvement « du 20 février », appelant à manifester pacifiquement pour réclamer une nouvelle Constitution, qui limiterait notamment les pouvoirs du roi, et plus de justice sociale.

Le Maroc est une « monarchie constitutionnelle » dans laquelle le roi dispose de pouvoirs très étendus et nomme le Premier ministre. L’appel à des manifestations a ensuite été appuyé ou repris par des ONG ainsi que par l’organisation de jeunesse de l’association islamiste Justice et bienfaisance, mouvement non reconnu mais toléré, considéré comme l’un des plus importants du Maroc. Un des fondateurs de l’appel sur Facebook avait annoncé son retrait à la veille de la manifestation, évoquant des divergences notamment avec les islamistes.

A Casablanca, principale ville du pays, les manifestants scandaient « liberté, dignité, justice ». Des groupes de gauche demandaient « moins de pouvoirs pour la monarchie », et certaines banderoles proclamaient : « Le roi doit régner et non gouverner ». « On n’a rien contre le roi mais on veut plus de justice et du travail », ont confié Brahim et Hassan, deux jeunes diplômés d’une école technique qui manifestaient à Casablanca et n’ont donné que leur prénom.

A Rabat, où la police se montrait discrète, une étudiante de 20 ans, Aicha, a expliqué être venue manifester contre la corruption et pour une « amélioration des conditions de vie » dans ce pays où les inégalités demeurent très fortes et le chômage des jeunes élevé. Les slogans n’étaient généralement pas hostiles à la personne du roi Mohammed VI, monté sur le trône en 1999.

Le pouvoir marocain avait jusqu’à présent été épargné par les mouvements de contestation qui ont renversé les régimes en place en Tunisie puis en Egypte et ont maintenant gagné d’autres pays du monde arabe dont la Libye.

Pour de nombreux analystes, le Maroc doit notamment cette situation à la légitimité de sa monarchie et à une certaine ouverture du jeu politique.

Dans une interview à France 24, le prince Moulay Hicham El Alaoui, cousin du roi et volontiers critique du système politique marocain, a appelé à la démocratisation du système et apporté son soutien aux Marocains qui ont manifesté dimanche.Il a aussi souhaité, pour « pérenniser la monarchie » qu’il juge « légitime et culturellement ancrée », une évolution vers une monarchie constitutionnelle de type espagnol ou britannique.

(afp)