Nucléaire : « On peut craindre d’autres problèmes ailleurs »

Propos recueillis par Michel De Muelenaere

samedi 12 mars 2011, 19:20

La situation à la centrale de Fukushima reste encore peu claire. Pour l’administrateur de l’association française « Sortir du nucléaire », la fusion du réacteur de la centrale japonaise endommagée pourrait prendre des semaines, voire des mois. L’interview de Michel de Muelenaere

La situation à la centrale nucléaire de Fukushima a été minimisée tant par le porte-parole du gouvernement que par l’exploitant de la centrale, la société Tepco, l’une des plus grosses sociétés privées du Japon. La situation reste encore peu claire ; la situation est loin d’être facilitée par les informations que diffuse au compte-gouttes l’exploitant, notoirement connu pour sa réticence à diffuser les informations relatives aux incidents de ses centrales. Pour Jean-Pierre Minne, administrateur de l’association française « Sortir du nucléaire », la fusion du réacteur de la centrale endommagée pourrait prendre des semaines voire des mois.

Que sait-on de l’incident du Japon ?

Ce qui s’est passé est très simple. Les réacteurs de la centrale de Daiichi ont été mis automatiquement en arrêt de sécurité lors du séisme. Dans ce cas, les barres d’uranium se décrochent et le processus de fission s’arrête. Mais un réacteur nucléaire, ce n’est pas comme une voiture, le « moteur « ne s’arrête pas immédiatement. Le cœur reste très chaud et peut monter en température et en pression. Il faut donc continuer à le refroidir. Une alimentation électrique, souvent des groupes électrogènes, assure ce travail. Mais à Daiichi, ces groupes ont été noyés par les vagues causées par le tsunami. Les systèmes assurant le refroidissement de deux des réacteurs (les autres étaient à l’arrêt pour entretien) sont tombés en panne au bout d’un moment. Les cœurs ont donc continué à monter en température et en pression. Les exploitants de la centrale ont perdu le contrôle de la situation. Une explosion a eu lieu et le couvercle de la triple enceinte a sauté, libérant de la radioactivité dans l’air.

Le cœur se trouve désormais à l’air libre ?

Oui. Les barres ont fondu, de même que la base de la centrale. C’est exactement le même processus que ce qui s’est passé à la centrale américaine de Three Mile Island. Mais contrairement à ce qui s’est passé à Tchernobyl, il n’y a pas eu d’explosion en haute atmosphère. Plutôt une fusion du cœur sur place. À l’extérieur, on est dans une situation de contamination des populations riveraines. Quarante mille personnes sont sur les routes. C’est une radioactivité importante qui s’est échappée. Notamment du césium en très grande quantité, une des substances les plus dangereuses pour la santé.

Heureusement, les vents soufflent de l’Ouest, donc vers la mer…

La météo est favorable, en effet. Le nuage toxique est poussé vers le Pacifique. Si ce n’était pas le cas, nous nous trouverions dans la même situation que Tchernobyl avec un territoire considérable soumis à la contamination. Aux Etats-Unis, l’eau des nappes souterraines avait été contaminée. Ici, ce sera l’eau de la mer. Car outre le nuage radioactif, les piscines de refroidissement où les barres d’uranium sont refroidies ont été submergées par des vagues. Cette eau contaminée également est partie vers la mer.

Comment peut-on arrêter le processus ?

Il va s’arrêter avec le temps, mais c’est une question de semaines, voire de mois.

L’affaire pourrait-elle s’étendre ?

Les conséquences sont importantes pour ce réacteur. Mais onze autres, tous près des côtes, ont connu également des arrêts d’urgence et ont été touchés par le tsunami. Or, il faut une dizaine d’heures, voire plus pour être sûr que le refroidissement se déroule correctement. On n’a donc pas fini. On peut craindre d’autres problèmes ailleurs. D’autant que des répliques continuent à se faire sentir dont l’intensité (5,5 à 6 sur l’échelle de Richter) est supérieure à celle pour laquelle les réacteurs japonais ont été conçus.

Des inquiétudes à se faire pour nos centrales ?

Ça devrait mener les Européens, les Français, les Belges, les Anglais, à réfléchir à l’avenir de l’énergie nucléaire et à son utilisation. On fait comme si tout allait bien. Mais tout ceci prouve que l’homme n’a pas la maîtrise des phénomènes climatiques et naturels…