Acculé, Gbagbo résiste toujours

Rédaction en ligne

mercredi 06 avril 2011, 09:25

Les « conditions » du départ de Laurent Gbagbo sont « la seule chose qui reste à négocier », a déclaré le chef de la diplomatie française Alain Juppé. Le « 11h02 », posez vos questions à Colette Braeckman.

« Nous avons demandé à l’Onu de lui garantir son intégrité physique, ainsi qu’à sa famille (…) et d’organiser les conditions de son départ. C’est la seule chose qui reste à négocier désormais », a déclaré mercredi le chef de la diplomatie française Alain Juppé sur la radio France Info.

« J’espère que la persuasion va finir par l’emporter et qu’on évitera de reprendre des opérations militaires », a ajouté le ministre, en dénonçant un « entêtetement absurde ». « Gbagbo n’a désormais plus aucune perspective, tout le monde l’a lâché », a-t-il fait valoir.

« C’est l’Onu qui négocie et qui lui demande de respecter les résolutions du Conseil de sécurité, c’est-à-dire d’admettre sa défaite », a-t-il rappelé.

Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo refusait toujours mardi de reconnaître sa défaite malgré l’écroulement de son régime et la demande de cessez-le-feu de son armée. Alors que la France et l’ONU exigent qu’il signe un document dans lequel il renonce au pouvoir et reconnaît son rival comme président, il a averti qu’il n’en était pas question.« Je ne reconnais pas la victoire de Ouattara. Pourquoi voulez-vous que je signe ça ? », a-t-il lancé mardi lors d’un entretien sur la chaîne française LCI.

Arrêt des combats

Après des jours de combats à l’arme lourde qui ont fait des « dizaines de morts » à Abidjan selon l’ONU, et une sanglante crise post-électorale de quatre mois, les armes se sont quasiment tues dans la métropole ivoirienne. « Il y a un arrêt des combats mais il y a des tirs sporadiques de la part de groupes de jeunes qui ne font pas partie » des forces belligérantes, a indiqué la mission onusienne Onuci.

Les habitants, dans leur immense majorité terrés chez eux, restaient suspendus à l’annonce de la fin de l’ère Gbagbo, tandis que la télévision TCI du camp Ouattara diffusait des extraits de « La chute », film sur les derniers jours d’Adolf Hitler.

« Je ne suis pas un kamikaze »

« Retranché » d’après les Nations unies dans un « bunker » au sous-sol de sa résidence, vers laquelle avaient convergé dans la matinée les combattants du président reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo s’obstinait.

« Je trouve absolument ahurissant que la vie d’un pays se joue sur un coup de poker de capitales étrangères », a-t-il lâché.

« Moi, je ne suis pas un kamikaze, j’aime la vie. Ma voix n’est pas une voix de martyr, je ne cherche pas la mort mais si la mort arrive, elle arrive », a-t-il encore expliqué.

Il y a actuellement des « tractations » au sujet de Laurent Gbagbo mais « pas encore de reddition », a affirmé la présidence française à l’AFP. Même son de cloche du côté de l’ONU.

Où irait Gbagbo ?

Selon une source proche du dossier, une autre pierre d’achoppement était la destination de M. Gbagbo : restera-t-il sur ses terres ou ce nationaliste farouche sera-t-il contraint à l’exil ? Selon le Premier ministre français François Fillon, « deux généraux proches » de M. Gbagbo étaient actuellement « en train de négocier les conditions d’une reddition ».

L’ex-opposant au « père de la Nation » Félix Houphouët-Boigny, devenu président en 2000 lors d’un scrutin déjà contesté, n’a jamais reconnu sa défaite à la présidentielle du 28 novembre 2010, un vote pourtant certifié par l’ONU. Il a toujours refusé d’abdiquer ou de partir en exil.

Mais la résistance acharnée de ses troupes à Abidjan, qui comptait avant la crise environ 5 millions d’habitants, a plongé la ville dans le chaos.

La situation humanitaire « est devenue absolument dramatique à Abidjan », selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies.

(afp)