Syrie : « Ça suffit, ce régime doit partir »

Rédaction en ligne

mercredi 22 février 2012, 16:06

Paris a confirmé la mort de deux journalistes en Syrie, le Français Rémi Ochlik, 28 ans, et l'Américaine Marie Colvin. Nicolas Sarkozy a répété qu'il fallait en finir avec le régime syrien.

Syrie : « Ça suffit, ce régime doit partir »

Le photoreporter Rémi Ochlick, tué à Homs le 22 février 2012 ©AP

« Maintenant, ça suffit, ce régime (syrien) doit partir. Il n'y a aucune raison que les Syriens n'aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement », a déclaré le chef de l'Etat, interrogé par la presse avant une réunion avec des parlementaires.

Ces décès montrent « combien la liberté d'informer est importante et combien le métier de journaliste peut être difficile et dangereux (…) Si les journalistes n'étaient pas là-bas, on ne saurait pas ce qui s'y passe et les massacres seraient bien sûr encore plus importants », a-t-il ajouté.

Le photoreporter de guerre Rémi Ochlik, fondateur en 2005 de l'agence de presse IP3 PRESS, avait notamment travaillé sur le printemps arabe l'an dernier, couvrant les révolutions en Tunisie, en Egypte et en Libye, selon son site Web, qui précise que ses photos ont été publiées par « Le Monde Magazine », « VSD », « Paris Match », « Time Magazine » ou le « Wall Street Journal ».

La journaliste de guerre Marie Colvin était correspondante pour le journal britannique « Sunday Times » depuis 20 ans. Elle se trouvait ces derniers temps dans le quartier rebelle de Baba Amr à Homs, bombardé par les forces syriennes depuis le 4 février, selon la publication.

Une autre journaliste, la Française Edith Bouvier, travaillant pour « Le Figaro », a été blessée à la jambe mais sa vie ne semblait pas menacée, a-t-on appris auprès du service étranger du journal. Un photographe britannique Paul Conroy, du « Sunday Times », a également été blessé dans ces bombardements qui ont fait au moins 13 morts.

Juppé veut un couloir humanitaire en Syrie

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a également déploré le décès des deux journalistes, y voyant « une démonstration supplémentaire de la dégradation de la situation en Syrie et d'une répression qui est de plus en plus intolérable ».

« Je vais essayer de savoir exactement les conditions de ce meurtre, en tout cas de cette mort », a-t-il ajouté, souhaitant que la conférence ministérielle du Groupe des amis du peuple syrien, qui se tiendra vendredi à Tunis, permette de « progresser dans le sens d'un règlement pacifique » de la crise en Syrie.

M. Juppé a convoqué l'ambassadrice de Syrie à Paris « pour lui rappeler le caractère intolérable du comportement du gouvernement syrien ». « Je demande au gouvernement syrien l'arrêt immédiat des attaques et le respect des obligations humanitaires qui s'impose à lui », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« J'ai demandé à notre ambassade à Damas d'exiger des autorités syriennes un accès sécurisé et médicalisé pour porter secours aux victimes avec le soutien du Comité International de la Croix-Rouge », précise-t-il.

Moscou « condamne fermement » mais refuse un couloir humanitaire

La Russie, opposée à la mise en place d'un couloir humanitaire car« il ne ferait qu'aggraver le conflit », est « très préoccupée » par la mort de deux journalistes en Syrie, un drame qu'elle « condamne fermement », a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

« Moscou condamne fermement et est très préoccupé, dans la mesure où ce n'est pas la première fois que des correspondants étrangers sont tués en Syrie », a déclaré le ministère dans un communiqué. « Cet événement tragique souligne une nouvelle fois la nécessité de mettre fin le plus rapidement possible aux violences d'où qu'elles viennent », a-t-il ajouté.

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite a par ailleurs fait savoir au président russe Dmitri Medvedev que tout dialogue sur la crise syrienne était désormais « vain », a rapporté l'agence Spa. « Les amis russes auraient dû procéder à une coordination russo-arabe avant d'opposer leur veto au Conseil de sécurité » de l'Onu, le 4 février, à un projet de résolution condamnant la sanglante répression de la contestation en Syrie, a poursuivi le souverain, cité par l'agence officielle.

Les Etats-Unis ont estimé que la mort de deux journalistes, un Français et une Américaine, tués mercredi à Homs, en Syrie, était « un nouvel exemple de la brutalité éhontée du régime du (président) Assad ».

L'Union va durcir ses sanctions contre la Syrie

Les pays de l'Union européenne ont bouclé un nouveau train de sanctions contre la Syrie en raison de la poursuite de la répression, comprenant notamment un embargo sur les vols fret en provenance du pays, ont indiqué mercredi des diplomates à l'AFP. "De nouvelles sanctions seront annoncées lundi" lors d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles qui entérinera formellement ce train de mesures, a indiqué l'une des sources.

Ainsi que l'avaient déjà suggéré des diplomates ces dernières semaines, l'Europe va introduire un gel des biens de la banque centrale syrienne et une interdiction de certaines de ses transactions ainsi que du commerce de métaux précieux comme l'or réalisé par le pays. Le train de sanctions de l'UE inclura aussi un embargo sur les vols fret opérés par la Syrie, qui ne pourront donc plus atterrir sur le territoire européen.

En outre, sept nouvelles personnes vont être ajoutées à une liste de près de 150 personnes et organisations ou entreprises, dont les principaux membres du régime syrien, faisant l'objet d'interdictions de visa en Europe et de gels d'avoirs, selon les sources. En revanche, l'idée d'une interdiction de l'importation en Europe de phosphates syriens, un temps à l'étude, a été abandonnée à ce stade.

AP et AFP