Conférence de Tunis : "L'aide militaire n'est pas du tout évoquée"

Rédaction en ligne

vendredi 24 février 2012, 14:04

La communauté internationale, sans Moscou ni Pékin, se réunit à Tunis pour tenter d'aider le peuple syrien et obtenir de Damas la fin des tueries. Véronique Kiesel depuis Tunis: "L'aide militaire n'est pas du tout évoquée."

Conférence de Tunis : "L'aide militaire n'est pas du tout évoquée"

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Conférence de Tunis : "L'aide militaire n'est pas du tout évoquée" by lesoir

Les pays de la Ligue arabe, l'Union européenne, les Etats-Unis, la Turquie et différentes composantes de l'organisation syrienne se retrouvent à partir de 14H00 pour quelques heures dans un hôtel de la banlieue nord de Tunis.

L'urgence, pour la communauté internationale, est de trouver les moyens de venir en aide au peuple syrien, écrasé par la répression du régime -- plus de 7.600 morts en onze mois-- et coupé du monde, particulièrement à Homs, la ville pilonnée sans relâche depuis trois semaines.

Quatre-vingt-six personnes, en majorité des civils, ont été tuées à travers le pays pour la seule journée de jeudi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, et deux civils ont déjà été tués vendredi matin par des bombardements à Homs où, selon des militants, le quartier de Baba Amr « est détruit sur la tête de ses habitants ».

Selon une ébauche de la déclaration finale relayée par des sources de l'opposition syrienne, la conférence pourrait appeler les autorités de Damas à mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat et permettre l'accès des agences humanitaires aux populations en détresse.

D'autres options telles que la création de zones sécurisées dans les régions frontalières de la Syrie, défendue par l'opposition ou l'idée de « corridors humanitaires » soutenue par Paris mais rejetées par Moscou pourraient être évoquées.

Division parmi les oppositions syriennes

Jusqu'à présent, « les discussions les plus avancées portent sur une trêve quotidienne de quelques heures » proposée par le Comité international de la Croix Rouge, selon un diplomate européen. « Nous demandons aujourd'hui l'ouverture de voies de passage pour les convois humanitaires », depuis le Liban, la Jordanie et la Turquie, a indiqué la porte-parole du Conseil national syrien (CNS, principale composante de l'opposition) Basma Kodmani.

La conférence de Tunis condamnera de nouveau la répression et apportera son soutien au plan de la Ligue arabe qui prévoit les étapes d'une transition démocratique à Damas. Ce plan avait déjà été endossé par une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU le 16 février.

Enfin, la réunion devrait consacrer l'opposition syrienne, en appuyant particulièrement sa principale composante, le Conseil national syrien (CNS). Sans aller jusqu'à une reconnaissance formelle, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a apporté jeudi un soutien de poids au CNS, en jugeant qu'il était « crédible » et offrait une « alternative » au régime de Bachar al-Assad.

Comme en réponse à ces propos, le Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND), un groupe d'opposition basé en Syrie, a décidé vendredi de boycotter la réunion de Tunis. « Nous avons remarqué une disposition dangereuse (…) qui vise à déterminer qui représente le peuple syrien », explique le CCCND dans un communiqué.

Moscou prête à coopérer avec Kofi Annan

A Tunis, la question du soutien matériel et financier à l'opposition --l'Armée syrienne libre, ALS, n'est pas invitée à la conférence-- devrait aussi être soulevée.

Toutefois, la réunion de Tunis n'effacera probablement pas les divisions de la communauté internationale sur le dossier syrien, et l'absence de Moscou et Pékin, soutiens indéfectibles du régime de Damas, risque de planer sur la rencontre.

L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, nommé jeudi « émissaire conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie », a souhaité vendredi la « pleine coopération de tous les acteurs concernés ». « La partie russe est prête à une coopération étroite avec lui pour chercher les voies vers un règlement acceptable pour tous », a fait savoir Moscou.

La conférence de Tunis intervient aussi alors que l'ONU a affirmé jeudi disposer d'une liste de hauts responsables politiques et militaires soupçonnés de « crimes contre l'humanité » en Syrie.

AFP

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