L’ONU vote l’envoi de 300 observateurs en Syrie
Rédaction en ligne
samedi 21 avril 2012, 18:58
Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution autorisant l’envoi de 300 observateurs en Syrie pour surveiller un cessez-le-feu sérieusement compromis par la mort de plus de 200 personnes depuis son instauration il y a 10 jours.
©AFP
Dans le même temps, les observateurs déjà sur place se sont rendus à Homs (centre), ville symbole ayant été la cible ces derniers jours de violents bombardements.
Les 300 observateurs militaires non armés doivent être déployés “rapidement” et “pour une période initiale de 90 jours”, selon le texte, mais il faudra d’abord que le chef de l’ONU Ban Ki-moon détermine si “la consolidation” du cessez-le-feu permet ce déploiement. Les Etats-Unis ont déjà menacé de ne pas prolonger cette mission au-delà de trois mois.
La mission des observateurs s’annonce à haut risque, alors que de nouvelles violences ont fait samedi 11 morts à travers le pays. C’est la première fois que des Casques bleus sont envoyés dans une zone de conflit sans armes et sans un accord formel de cessez-le-feu.
La Russie, grand allié de Damas qui a bloqué deux résolutions condamnant la répression avant d’adopter les deux projets prévoyant l’envoi d’observateurs, a appelé gouvernement et opposition à mettre fin aux violences et à coopérer afin de faire respecter le plan de l’émissaire international Kofi Annan.
Le régime et l’opposition s’accusent mutuellement de violer quotidiennement la trêve instaurée le 12 avril conformément au plan Annan.
Dans « la capitale de la révolution »
De leur côté, les observateurs déjà en Syrie se sont rendus à Homs, troisième ville du pays surnommée la “capitale de la révolution” par les militants.
Ils ont notamment visité le quartier de Baba Amr, repris par l’armée le 1er mars au terme d’un mois de pilonnage incessant et meurtrier, et rencontré, selon l’agence officielle Sana, le gouverneur de la province, et des habitants ainsi que des déserteurs de l’Armée syrienne libre (ASL), selon des vidéos de militants.
Depuis l’instauration de la trêve, l’armée a quasiment quotidiennement bombardé des quartiers, notamment dans le centre de Homs, qui échappent encore à son contrôle, tuant vendredi six civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui a rapporté l’arrêt du pilonnage dans la nuit.
Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, avait réclamé la visite “immédiate” des observateurs à Homs pour arrêter “les crimes du régime sanguinaire”.
“Les corps des martyrs sont empilés dans les rues du quartier de Bayada où les destructions sont terrifiantes”, a ajouté le CNS en appelant de nouveau le Conseil de sécurité “à agir de toute urgence en intervenant militairement”.
Après avoir tergiversé, Damas a signé le protocole organisant le travail, et en particulier la liberté de mouvement, des premiers observateurs, mais l’équipe de M. Annan “ne se fait pas d’illusions” sur une amélioration de la situation, a affirmé un diplomate occidental avant le vote au Conseil de sécurité.
Mettre le pied dans la porte
Elle fait valoir, selon lui, “qu’envoyer les observateurs c’est mettre le pied dans la porte” et agir comme un “élément de modération sur le comportement du régime” accusé par les Occidentaux de faillir à ses engagements depuis le début de la crise.
Vendredi, des milliers de Syriens étaient descendus dans les rues pour interpeller l’équipe restreinte d’observateurs déjà sur le terrain. “Où sont les observateurs”? “Où sont les résolutions contraignantes du Conseil de sécurité”? s’interrogeaient les manifestants sur des pancartes.
Samedi, neuf déserteurs ont péri dans une embuscade tendue par les forces gouvernementales syriennes dans la province d’Alep (nord) et deux civils ont été tués à Deraa (sud) et à Qousseir (centre), selon l’OSDH.
A Damas, dans le quartier de Mazzé, une “forte explosion” a été entendue sur une base militaire, ont indiqué les militants sans préciser son origine.
La veille, les violences avaient coûté la vie à 46 personnes -29 civils et 17 soldats-, selon l’OSDH.
Au total, elles ont fait au moins 11.100 morts en 13 mois et des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, selon l’ONG. Les autorités affirment avoir libéré 4.000 détenus depuis novembre.
(D’après AFP)