Centième journée du conflit étudiant au Québec

Rédaction en ligne

mercredi 23 mai 2012, 10:26

Le conflit étudiant au Québec a marqué son centième jour par une manifestation géante mardi soir dans les rues de Montréal, exprimant une nouvelle revendication : la défense du droit de manifester.

Centième journée du conflit étudiant au Québec

AFP

Le gouvernement du Premier ministre Jean Charest a adopté vendredi dernier une loi spéciale, qui suspend les cours jusqu’au mois d’août dans les universités et collèges touchés par la grève étudiante, une façon de casser un mouvement qui dure depuis plus de trois mois. Si la suspension des cours a été plutôt bien accueillie au sein de la population, le reste de cette loi d’exception, notamment la restriction du droit de manifester --pour quelque raison que ce soit-- a suscité une levée de boucliers. Elle oblige les organisateurs de manifestations de plus de 50 personnes à soumettre à la police, au moins huit heures à l’avance, la trajectoire du cortège, sous peine de lourdes amendes pour les contrevenants.

« On manifeste pour le droit de manifester »

« La loi 78 n’empêche pas les manifestations, elle est là pour les encadrer », a déclaré le ministre québécois de la Sécurité publique, Robert Dutil. « En France, il faut un permis 20 jours à l’avance, à Londres un avis six jours à l’avance, à Genève 30 jours à l’avance », a commenté devant la presse M. Dutil. Dès son adoption, la loi a été défiée à Montréal. A Sherbrooke, à 130 km à l’est de la ville, 36 manifestants, pour la plupart des étudiants, ont été les premières personnes arrêtées en vertu de la loi, dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé la police. « On ne manifeste plus tellement contre la hausse des droits de scolarité. On manifeste pour la liberté d’expression. On manifeste pour le droit de manifester », a estimé mardi un commentateur du quotidien La Presse favorable à la hausse des droits de scolarité.

et une seconde dispersée à coups de matraque dans la nuit

Dans la soirée, la police de Montréal a dispersé à coups de matraque et de grenades assourdissantes une manifestation d’étudiants déclarée illégale après que quelques bouteilles avaient été lancées en direction des forces de l’ordre. Plusieurs personnes ont été arrêtées. Selon la police, leur nombre atteint « la cinquantaine, en majorité pour attroupement illégal ».

La 29e marche nocturne quotidienne avait commencé de manière pacifique dans le centre ville, comme la manifestation géante qui s’était déroulée quelques heures plus tôt pour protester contre les hausses des frais de scolarité et la loi spéciale limitant la liberté de manifester. La police, qui s’est abstenue d’intervenir dans l’après-midi, quand des dizaines de milliers de personnes étaient dans la rue et commettaient les mêmes infractions à la loi spéciale, est passée à l’action en fin de soirée.

Un sondage publié mardi par le quotidien Le Journal de Montréal montre que si 51 % de la population sont d’accord avec la hausse des droits de scolarité, 53 % estiment en revanche que la loi d’exception « est beaucoup trop sévère » et 73 % qu’elle ne contribuera pas au rétablissement de la paix sociale. La majorité appelle à une reprise du dialogue entre le gouvernement et les étudiants.

Des syndicats et des organisations ont annoncé leur intention de contester devant les tribunaux cette loi, qui doit rester en vigueur jusqu’au 1er juillet 2013, mais cette procédure pourrait prendre plusieurs années avant d’aboutir.

La Classe a été plus directe : elle a non seulement appelé à désobéir à la loi mais a également invité les objecteurs à se porter volontaires pour des interpellations sur le site « arretezmoiquelquun.com ». Quelque 3.300 personnes, photos à l’appui, avaient donné leur nom mardi, 24 heures après le lancement de cette initiative.

(afp)