Un sommet européen informel : « Du temps perdu »
GIL DURAND
mercredi 23 mai 2012, 11:13
Ce soir à Bruxelles, un sommet européen informel sera consacré à la croissance et à la Grèce. Mais pour les choses sérieuses, il faudra attendre fin juin. A quoi sert le sommet de ce mercredi ? Tentative de réponse en 4 questions
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– Quelle décision attendre de ce sommet ? Aucune décision majeure n’est attendue. Gouvernance économique, marché intérieur, financement de l’économie réelle, et politiques de l’emploi : le menu des discussions est classique, et les (faibles) marges de manœuvre somme toute bien balisées. Idéalement, des décisions pourraient tomber sur ce chapitre lors du prochain sommet européen programmé, les 28 et 29 juin.
« Ce sommet ne va pas rassurer les marchés. Pour eux, un sommet qui ne décide rien est un sommet qui ne sert à rien », estime Bruno Colmant. « Il y a deux questions auxquelles les marchés attendent une réponse : va-t-on poursuivre la politique d’austérité et la BCE va-t-elle faire une nouvelle injection monétaire ? »
« Mon intuition, c’est qu’on va devoir repousser le retour à l’équilibre dans la zone Euro », explique l’économiste.« Si on maintient 2015, on va accélérer la récession dans les pays du sud, ça sera néfaste pour toute l’économie. J’espère qu’on va s’interroger sur le bien fondé de cette politique d’austérité lors de ce sommet… »
« Concernant la BCE, il me paraît évident qu’il faudra réinjecter massivement de l’argent dans l’économie », poursuit Bruno Colmant. « On ne le fait pas pour l’instant car on craint l’inflation, mais elle est inévitable ! Les politiques attendent d’être au bord du précipice pour décider de réinjecter de l’argent, mais ils devront le faire. Si pas, ça sera le chaos ».
– Hollande est-il le sauveur de la zone euro ? François Hollande arrive sur la scène européenne pour la première fois depuis son élection. Le nouveau président français veut faire entendre sa voix. Son but : « renforcer l’agenda sur la croissance et l’emploi ».
« Je pense que l’arrivée de François Hollande peut avoir un impact favorable, car il va pousser pour plus de souplesse dans la politique d’austérité et isoler l’Allemagne », estime Bruno Colmant. « Cela sera-t-il suffisant pour rassurer les marchés ? Difficile à dire mais le changement structurel que le nouveau président français veut apporter peut être bénéfique ».
- La Grèce a-t-elle toujours sa place dans la zone Euro ? Les dirigeants devraient réitérer la position officielle : la Grèce a sa place dans la zone euro, mais doit tenir ses engagements. Mais l’UE peut-elle vraiment se permettre de débrancher la prise ?
« Ca n’aurait aucun intérêt, le départ de la Grèce de la zone Euro n’est pas du tout inévitable », réplique l’économiste. « Il faut juste qu’on arrive à accepter que les créances grecques valent… zéro ! On ne va rien récupérer de la Grèce, point. Dans ce cas de figure, il vaut alors mieux qu’elle reste dans la zone Euro. »
– L’Espagne en invité surprise ? Officiellement, l’Union s’est donné les moyens d’empêcher la contagion. En réalité, la contagion est déjà là ; elle touche l’Espagne, où le secteur bancaire croule sous les actifs immobiliers « problématiques ». Des rumeurs ont fait état de retraits massifs dans les banques espagnoles. Et les démentis officiels n’ont pas calmé les esprits.
« Le problème espagnol est effectivement très important, leur système bancaire subit des fuites de dépôt très importantes, vers le nord de l’Europe », s’exclame Bruno Colmant.« Depuis un an et demi, 80 milliards ont quitté les banques espagnoles, grecques, irlandaises, etc. Cela expose l’Espagne a un problème de liquidité ».