« Il faut aider le peuple syrien contre ce régime qui le massacre ! »

BAUDOUIN LOOS

dimanche 27 mai 2012, 20:45

Après le massacre de Houla, vendredi, les réactions internationales outrées se sont multipliées. La centaine de tués, dont une trentaine d'enfants, confirmée par la mission onusienne d'observation, a choqué le monde entier.

« Il faut aider le peuple syrien contre ce régime qui le massacre ! »

©AFP

Le Soir a interrogé Iyas Maleh, qui vit en exil et dirige la Fondation Haitham Maleh, du nom de son père, un célèbre avocat syrien qui a passé de longues années en prison sous Hafez el-Assad et aussi sous Bachar el-Assad. La fondation défend les défenseurs syriens des droits de l'homme.

Pensez-vous que, par son ampleur, le massacre de Houla, vendredi, est un tournant dans l'histoire de la Syrie moderne ?

Le massacre de Houla n'est pas le premier du genre commis par le régime contre le peuple syrien, la seule différence avec les autres c'est la présence des observateurs internationaux. Désormais, la communauté internationale est devenue le témoin d'un massacre et ne peut plus détourner le regard comme elle le fait depuis trente ans. Donc, oui, en ce sens, je vois ce massacre comme un tournant dans l'histoire du monde, pas seulement de la Syrie. Si cette communauté internationale ne montre pas aux Syriens qu'elle va prendre ses responsabilités pour protéger des civils innocents contre la brutalité du régime alors le concept même des droits de l'homme perdra sa signification aux yeux des Syriens.

Que peut, que doit faire la communauté internationale, selon vous, intervenir militairement et venir à bout de ce régime ?

Elle doit en tout cas faire plus. Si elle ne veut agir directement, au moins qu'elle permette au peuple syrien de prendre son destin entre ses mains. Mais il n'est pas possible de rester les bras croisés quand on voit le peuple se faire tuer. L'Armée syrienne libre (ASL) est capable de protéger les Syriens si on lui prodigue les outils nécessaires. Jusqu'à présent, elle n'a même pas de système de communication pour s'organiser elle-même. Plusieurs pays se sont déclarés prêts à donner des moyens non létaux à l'ASL mais elle n'a encore rien vu arriver. L'ASL a aussi besoin de munitions. Les Syriens réclament une zone d'interdiction aérienne depuis longtemps, ce qui est une manière de les aider, mais personne ne les écoute. On n'a pas besoin que des soldats étrangers viennent mourir pour la cause syrienne.

L'opposition syrienne semble demeurer terriblement divisée, comment l'unifier ?

C'est une excuse de la communauté internationale pour ne pas aider le peuple syrien. Cette communauté internationale n'est-elle pas elle-même divisée quant à savoir comment aider le peuple syrien ? Y a-t-il un pays au monde où l'opposition est unie sur les méthodes ? On peut unir l'opposition sur ce qu'elle veut, pas sur les manières d'y arriver. La principale raison des divergences provient du manque d'expérience parmi l'opposition syrienne sur la façon de travailler ensemble. Depuis 50 ans, les Syriens n'ont pas été autorisés à participer au moindre projet politique, la société civile a été démantelée par le régime des Assad dès les années 70 et 80 quand les syndicats professionnels ont été dissous et que des professeurs, juges, ingénieurs, etc. ont été limogés. Les figures de l'opposition qui vivent toujours en Syrie ne peuvent s'exprimer librement, donc comment les unir avec ceux qui vivent en exil ? Ce qui se passe en Syrie est très difficile à comprendre pour un Occidental. C'est pire que ce que les Serbes ont fait au Kosovo. Et pourtant, la communauté internationale se contente de regarder. Les Russes envoient des armes au régime alors que personne ne donne d'armes au peuple syrien pour se défendre.

Pensez-vous que des plans de paix comme celui de Kofi Annan ont encore de la pertinence sans menace de recours à la force ?

Comment peut-on parler de plan de paix entre un régime criminel qui veut diriger un pays par la force et son peuple ? Tout le concept est erroné ! Ce régime n'avancera pas et le peuple syrien n'en veut plus. Donc il doit être extirpé comme on extirpe un cancer d'un corps. Le concept de cessez-le-feu est d'habitude utilisé entre les armées de deux pays qui se combattent, pas entre un régime qui tue ses citoyens et ces derniers qui essaient de se défendre. Tant que les dirigeants de l'Otan continueront à conforter le régime en disant qu'il n'existe aucun plan d'intervention militaire, les massacres continueront dans le but de soumettre le peuple. Tout plan fait pour satisfaire les Russes plutôt que le peuple syrien échouera. Des pressions militaires sont très nécessaires pour que le régime comprenne que la communauté internationale est sérieuse et ne va plus se contenter de regarder de loin le peuple syrien se faire massacrer.