Les Egyptiens élisent un président dans la tourmente politique

Rédaction en ligne

samedi 16 juin 2012, 12:44

Les Egyptiens élisent samedi le premier président de l’après-Moubarak lors d’un scrutin âprement disputé par un islamiste et une figure de l’ancien régime considéré comme le candidat de l’armée, dans un contexte de tourmente politique.

Près de 50 millions d’électeurs sont appelés à se rendre aux urnes sur deux jours pour départager le Frère musulman Mohammed Morsi et Ahmad Chafiq, le dernier Premier ministre de M. Moubarak chassé du pouvoir par une révolte populaire en février 2011, arrivés en tête lors du 1er tour fin mai. Les résultats officiels sont attendus le 21 juin.

La course à la présidentielle a divisé le pays entre ceux qui craignent un retour à l’ancien régime si M. Chafiq est élu et d’autres qui rejettent l’entrée de la religion en politique en cas de victoire des Frères musulmans.

Des centaines de personnes impatientes de voter attendaient devant une école transformée en bureau de vote dans le quartier de Chobra, au Caire, où vivent de nombreux Coptes (chrétiens d’Egypte).

Beaucoup de Coptes craignent de ne plus trouver leur place dans une société en majorité musulmane si un islamiste arrive au pouvoir et disent qu’ils vont voter pour M. Chafiq, un général à la retraite qui a axé sa campagne sur la sécurité.

Environ 150.000 militaires ont été déployés pour assurer la sécurité des bureaux de vote qui resteront ouverts jusqu’à 20H00. Les autorités ont déclaré samedi et dimanche jours fériés pour inciter la population à voter.

Des doutes subsistent sur les intentions de l’armée

L’élection se déroule sur fond d’incertitudes politiques, les pouvoirs du futur président n’ayant toujours pas été entièrement définis.

Des doutes pèsent en outre sur les intentions du Conseil suprême des forces armées (CSFA), soupçonné de soutenir M. Chafiq et chercher à garder un rôle central sur la scène politique malgré son engagement à remettre le pouvoir, qu’il assume depuis la chute de Moubarak, au futur président.

Les détracteurs de l’armée l’accusent aussi d’avoir orchestré la décision de la Haute cour constitutionnelle, annoncée jeudi, d’invalider pour un vice dans la loi électorale les résultats des élections législatives remportées par les Frères musulmans.

La même cour a aussi permis à M. Chafiq de rester dans la course en invalidant une loi interdisant aux personnalités de l’ancien régime de se présenter à l’élection.

Le ministère de la Justice a de son côté décidé de rendre à la police militaire et aux officiers de renseignements de l’armée le pouvoir d’arrêter des civils, dont ils ne disposaient plus depuis l’expiration fin mai de l’état d’urgence.

Pour Hesham Sallam, chercheur à l’université américaine de Georgetown, ces développements sont dans la droite ligne de la politique suivie par le CSFA qui « cherche à appliquer sa vision qui est un Etat protégé et fermé aux institutions élues et représentatives ».

« Le CSFA a réalisé qu’il ne serait pas capable de protéger ses intérêts économiques et politiques s’il ne prenait pas l’initiative de mettre au point les règles des nouvelles institutions politiques », a-t-il dit à l’AFP. « On ne sait pas qui sera président mais on sait quel genre de présidence ce sera : subordonnée au CSFA ».

AFP