Rio+20, l’heure de vérité ?

Sevan Holemans

lundi 18 juin 2012, 11:08

Rio+20 : A deux jours de l’arrivée des chefs d’Etat à Rio, un nouveau texte vient d’être introduit par le gouvernement brésilien, qui a pris hier la présidence du processus.

Hier soir, les négociateurs avaient annoncés, sans trop de surprises, la prolongation des négociations. Aujourd’hui, à deux jours de l’arrivée des chefs d’Etat à Rio, un nouveau texte vient d’être introduit par le gouvernement brésilien, qui a pris hier la présidence du processus. Aux vus des premières réactions lors de la séance plénière de ce soir, le texte proposé n’est clairement pas assez ambitieux et ne permet pas d’entrevoir de compromis. Que s’est-il donc passé ? Retour sur quatre jours de négociation.

Mercredi ont débuté les trois jours de préparation initialement prévus par l’ONU pour boucler la déclaration finale du Sommet de la Terre. Dans les différentes salles du centre de conférence de Rio, les négociateurs passent en revue l’ensemble des paragraphes du texte, proposant, amendant et supprimant certaines parties. Pour avoir suivi ces commissions, notamment sur l’économie verte, je me suis vite rendu compte que la technique adoptée par les diplomates consistait à postposer les questions fâcheuses à plus tard. Rien de très durable au final car après deux jours de travail, les négociations bloquaient déjà.

Et pour cause, des divergences majeures existent entre les différents groupes autour de la table. Quelles sont-elles ? Tout d’abord, la question des moyens de mise en œuvre, véritable boîte de pandore. Le G77 et la Chine réclament aux pays développés des aides, techniques et financières, pour amorcer leur transition vers une économie verte.

Ils appellent à la création d’un fonds « vert », alimenté par les institutions financières internationales, demandent des avancées concrète au sujet des transferts de technologies vertes et de compétences techniques. Les pays du Sud n’accepteront pas le concept d’économie verte, priorité de l’agenda européen, sans aides financières du Nord. Ensuite, cela bloque sur les objectifs du développement durables ; sur le contenu et sur la forme. Sur la forme d’abord, le G77 refuse la proposition des pays développés de confier ces questions au Secrétariat Général. Cela impliquerait pour eux une perte sèche d’influence sur le processus, qui passerait directement entre les mains des experts onusiens. Sur le fond ensuite, il existe des désaccords fondamentaux sur les questions des biens communs, notamment sur les océans et l’accès à l’eau. Certains paragraphes semblent parfois à mille lieux de certains droits fondamentaux ! La transition vers un mode de consommation et de production plus durable fait également partie de ces objectifs.

Le Sud demande au Nord de montrer l’exemple, le Nord s’obstine dans la direction de la croissance économique à tout prix.

A l’heure où la crise économique touche de plein fouet les pays européens et qu’il n’y a plus que les pays scandinaves qui honorent leurs engagements d’aide au développement pour le Sud, on se demande bien d’où le compromis pourrait émerger. Ce Sommet s’apparente de plus en plus à une vaste blague. En effet, comment peut-on accepter d’aller à Rio discuter du futur de la planète et de la race humaine sans avoir l’intention, ni l’ambition, de bousculer l’ordre des choses. L’hypocrisie de nos dirigeants a atteint son paroxysme ce week-end. Et Ban Ki-Moon l’incarne à merveille lorsqu’il parle du business vert comme de la panacée du siècle en citant les exemples de Nike et d’Unilever ! Cette hypocrisie est également omniprésente dans les discours du Canada, qui après s’être retiré du Protocole de Kyoto, il y a quelques mois, refuse à présent le plan de sortie des subsides aux énergies fossiles.

Notre planète est un grand corps malade. Nous connaissons le diagnostic depuis longtemps et les prescriptions accourent de partout. Pourtant on continue à affaiblir ce corps. On continue même à le vider de ses ressources ! L’échéance de la conférence est imminente et il reste encore plus de 63 % du texte qui coince. Les négociateurs ont adopté aujourd’hui une approche de plus en plus pratique, élimant les éléments de désaccord vidant le texte de sa substance. Dans la partie institutionnelle, le conseil du développement durable et le haut-commissariat pour les générations futures, priorités du groupe des jeunes à Rio, ne figurent désormais plus dans le texte. L’envie nous prend tous de quitter le Sommet officiel pour se rendre au Sommet des Peuples, là où on discute des vraies solutions. Cette conférence n’est définitivement pas la conférence des générations futures.