« Rien n'a fondamentalement changé en Grèce »
Rédaction en ligne
mardi 19 juin 2012, 12:26
La droite en Grèce veut former un gouvernement au plus vite mais en réalité ni les Grecs ni la zone euro ne sont sortis de la zone de turbulence .
Antonis Samaras (Nouvelle démocratie) et Evangelos Venizelos © AP
Les dirigeants européens sont soulagés : les électeurs grecs ont laissé le parti de la gauche radicale Syriza anti-européene à la deuxième place, derrière les conservateurs de la Nouvelle démocratie pro-européens.
La Nouvelle démocratie (ND), le parti d'Antonis Samaras, a obtenu près de 30 % des suffrages, mais avec le bonus de cinquante sièges accordé à la formation arrivée en tête, il aura 130 députés. Ce n'est pas assez pour avoir la majorité dans une Chambre qui en compte 300. Il doit donc former une coalition, sans doute avec le Pasok, le Parti socialiste d'Evangelos Venizelos, qui a terminé 3e mais qui aura un peu plus de trente représentants.
Pourquoi il y a urgence ?
La Nouvelle démocratie doit essayer de prendre quelques mesures d'urgence pour régler les questions immédiates de l'économie grecque qui se trouve au bord de l'effondrement. Il faut que la Grèce soit gouvernée, y compris pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, surtout après cette période électorale qui a duré trois mois et a provoqué des problèmes de rentrée fiscale. Il y a aussi urgence de mettre en place les réformes d'austérité voulues par les dirigeants de l'Union européenne.
Prônant le maintien du pays dans la zone euro, M. Samaras, 61 ans, n'a que jusqu'à mercredi pour former un gouvernement d'union. « Il y a un impératif catégorique à former un gouvernement » dès lundi avait proclamé le président de la République, Carolos Papoulias qui a confié à Mr Samaras la charge de donner un gouvernement à la Grèce.
« Le pays risque de n'avoir qu'un court répit »
Inquiets de la situation en Espagne, les marchés financiers n'ont montré qu'un optimisme modéré, vite retombé, après le vote des Grecs. La Bourse d'Athènes a fermé la séance sur une hausse limitée de 3,6 %.
Pour le politologue John Loulis, « il s'agit d'un vote de peur d'une sortie de l'euro, pas d'un soutien réel aux réformes ». « Le gouvernement sera fragile, sans grande base populaire, le pays risque de n'avoir qu'un court répit », a-t-il dit.
« Rien n'a fondamentalement changé » selon la spécialiste en devises,Elsa Lignos, interviewée dans le The Wall Street Journal, « même si les élections sont remportées par un parti pro-européen, les personnes vont continuer à se demander si la Grèce va rester dans la zone euro. »
En réalité 55 % des électeurs ont voté pour des partis opposés au « mémorandum » imposé comme condition à l'octroi des prêts à la Grèce. Certes grâce aux 50 sièges bonus accordées au parti arrivé premier, un gouvernement pro-mémorandum devrait être formé mais il sera bel et bien fragile.
Pour rappel, le « mémorandum » impose à la Grèce des mesures de rigueur en contrepartie du soutien de l'UE et du FMI.
La sortie de l'euro a-t-elle débuté ?
« Une sortie de l'euro pour la Grèce est inévitable », a affirmé l'économiste Geert Noels (Econopolis) lundi dans Het Nieuwsblad. Selon lui, ce processus de sortie a déjà débuté. « L'enjeu des élections législatives était seulement de voir si cela se ferait de manière ordonnée ou pas », affirme-t-il.
Ainsi, les Grecs n'arrivent déjà plus à l'heure actuelle à payer les entreprises en espèces. « Des entreprises belges comme UCB ou Agfa-Gevaert n'ont pas eu d'autres choix à un certain moment que de se faire payer en obligations d'Etat. Aujourd'hui, elles en accusent les pertes », précise l'économiste.
Geert Noels souhaite aussi tordre le coup à l'idée que le Belge moyen n'a pas perdu le moindre euro en raison de la situation en Grèce.
« Nous avons déjà perdu au moins 3 à 4 milliards d'euros en fonds de pension et autres dans lesquels se retrouvaient des obligations grecques qui ne seront que partiellement remboursées. »
P.LA (avec AFP)