Rio+20: « Il faut reformuler l'ONU »

MICHEL DE MUELENAERE

jeudi 21 juin 2012, 22:25

La lutte pour le développement durable n'est pas terminée, pour Rafael Freire, le secrétaire aux politiques économiques et au développement durable de la confédération syndicale des travailleurs des Amériques. Selon lui, la société civile doit prendre la main. Entretien

Rio+20: « Il faut reformuler l'ONU »

Le message de la société civile a-t-il été entendu par les négociateurs au sommet officiel ?

Non, notre message n'a pas été entendu. Ou plus précisément, il a été entendu, mais n'a rien changé.

Une déception ?

Il y a deux problèmes avec les négociations officielles. Un : le pouvoir des multinationales qui empêchent les négociations d'avancer. Deux : la crise. Le modèle de développement des pays européens n'est déjà pas durable à la base. Mais en raison de la crise, les dirigeants des pays du nord retourneront dans leur pays sans avoir se préoccuper du développement durable.

Mais ce qui se passe ici nous donne de la force pour la suite de Rio+20. Lundi, nous serons tous dans nos pays pour suivre la suite des opérations. Nous devons faire un pas pour aller au-delà du Forum social mondial (en 2001 à Porto Alegre, NDLR) ; celui-ci avait analysé les causes de la crise du néolibéralisme. Désormais, il nous faut passer à l'étape suivante : définir ce que nous voulons et comment nous allons nous organiser pour l'obtenir. Par ailleurs, contrairement au Forum social, il y aura, au terme de Rio+20, un message commun de la société civile. Au Sommet des peuples qui s'est tenu en marge de la conférence officielle, nous avons cherché à renforcer les alliances sociales. Nous avons pu montrer que le mouvement social organisé est capable de se mettre d'accord et d'émettre un message commun en lien direct avec le développement durable.

L'échec de Rio était-il prévisible ?

On s'y attendait un peu. Lors de la dernière conférence climatique, à Durban en décembre 2011, il était clair que certains gouvernements ne s'intéressaient pas au développement durable. Et le simple fait d'avoir fixé une réunion du G20 juste au milieu de l'agenda de Rio a prouvé qu'il n'était pas question d'investir dans la conférence au Brésil.

Et maintenant ?

Ce qui est en débat, c'est le multilatéralisme. Lequel veut-on ? Le G8 qui donne des ordres au G20 qui donne des ordres au reste du monde ? Non. Le monde a besoin de plus de diplomatie active et de moins de diplomatie formelle. L'ONU ? Elle échoue en Syrie, elle échoue sur le climat, elle échoue sur le développement durable… Quel est encore son avenir ? Selon moi, il faut une reformulation fondamentale. Pas seulement de l'ONU, c'est l'ensemble des institutions internationales qui sont concernées : le FMI dirigé par une Européenne, la Banque mondiale… C'est un nouvel ordre économique mondial que nous voulons. Un ordre qui soit au service de l'économie réelle, pas de la spéculation financière. C'est ambitieux, mais sans cela on ne résoudra aucune des questions importantes actuellement sur la table.

Par ailleurs, nous voulons un poids accru pour la société civile : une participation directe des peuples. Il existe un tas d'outils pour cette démocratie directe : les budgets participatifs, les conférences ou conseils nationaux ou locaux où l'on pratique la codécision, les référendums…

Reste qu'il faut que la pression populaire soit canalisée vers le politique. Si elle reste brute, elle s'essouffle. Canaliser, c'est notre rôle.

Propos recueillis par Michel De Muelenaere