Rio+20 se conclut dans le scepticisme

MICHEL DE MUELENAERE

samedi 23 juin 2012, 07:11

Le sommet sur le développement durable s'est terminé. Un accord a été adopté, que beaucoup jugent minimaliste. La délégation belge présente veut y voir le positif et se tourner vers l'action. Par Michel De Muelenaere

Rio+20 se conclut dans le scepticisme

AFP

Rio+20, le sommet des Nations unies sur le développement durable, s'est achevé vendredi soir à Rio de Janeiro avec, de la part de pas mal de pays participants, le sentiment amer d'avoir évité le pire au prix de l'adoption d'un texte qui se réduit au plus petit commun dénominateur des positions en présence. Au fil du temps, les conclusions du cinquième sommet de la terre ont en effet été systématiquement rabotées par la présidence brésilienne. Dès mardi, celle-ci avait brutalement finalisé le document, espérant éviter d'interminables discussions risquant de se conclure par une impasse. Résultat : “ L'avenir que nous voulons “, un document d'une cinquantaine de pages qui s'est attiré les foudres de la société civile. Bien des négociateurs relevaient après coup que le document est loin de décrire l'avenir que l'on veut effectivement…

Le secrétaire-général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a cependant estimé que “ le document final fournit un fondement solide au bien-être social, économique et environnemental. C'est désormais notre responsabilité de construire sur ce dernier. Rio+20 a affirmé des principes fondamentaux - renouvelé des engagements essentiels - et nous a donné une nouvelle direction “.

La peur de l'échec a primé

Le son de cloche est nettement différent du côté de la société civile qui s'est abondamment mais en vain manifesté pour obtenir un accord ambitieux. “ C'est la peur de l'échec qui a primé, dénonce la coalition belge Rio+20, composée d'associations de défense de l'environnement, d'organisations de développement et de syndicats. Le texte n'apporte pas de réponse concrète aux véritables défis de notre époque et met en péril le sort des générations futures. Nos dirigeants repeignent la façade, alors que l'Humanité a besoin de pompiers pour éteindre l'incendie et d'architectes pour construire un nouvel édifice !

Rio+20 s'achève “ sans le moindre engagement contraignant pour lutter durablement contre la pauvreté et le changement climatique, dénonce Oxfam. Cette Conférence des Nations Unies sur le développement durable n'aura donc répondu à aucune des attentes placées en elle “.

“ Tout ce à quoi nous avons assisté pendant ces trois jours, ajoute Greenpeace, c'est de la rhétorique vaine et du greenwashing des leaders mondiaux. Le sommet rester dans l'histoire comme Greenwash+20. Les gouvernements ont échoué à produire l'accord historique nécessaire pour faire face aux tempêtes provoquées par les crises sociales, écologiques et économiques. Nous n'avons pas l'avenir que nous voulons parce que nous n'avons par les responsables politiques dont nous avons besoin “.

Quelques éléments concrets

Parmi des nombreuses pages faites d'intentions et de promesses peu élaborées et non datées, le texte final offre néanmoins quelques éléments concrets. Ainsi, les 193 pays participants se sont mis d'accord pour développer des “ objectifs de développement durable “ qui, en 2015, prendront le relais des objectifs du millénaire. Ces objectifs porteront aussi bien sur des questions environnementales que sociale ou économiques. Par ailleurs, les négociateurs se sont mis d'accord sur une réforme des Nations unies - un renforcement du Programme des Nations unies pour l'environnement et la création d'un “ forum politique à haut niveau “ qui pilotera la préoccupation du développement durable au sein des institutions onusiennes . Enfin, on a convenu d'un programme de protection des océans qui viserait notamment à réduire la surpêche et à préserver les stocks halieutiques.

Les Belges déçus mais volontaires

C'est une déception bien entendu, nous avions des ambitions supérieures, a indiqué Paul Magnette (PS), le ministre de la Coopération au Développement qui menait la délégation belge. Mais il ne faut pas sombrer dans le défaitisme. Il faut se remettre au travail immédiatement “.

Même son de cloche de la part d'Evelyne Huytebroeck (Ecolo), la ministre bruxelloise de l'Environnement : “ arrêtons de regarder nos chaussures et tournons-nous vers l'avenir », commente-t-elle. Quant au ministre wallon du développement durable, Jean-Marc Nollet (Ecolo), lui aussi présent à Rio, il indique : « si on s'était donné quelques jours de plus, on aurait peut-être pu obtenir plus. Mais peut-être pas… »

Tenu sous haute surveillance policière, avec une société civile maintenue soigneusement à distance, Rio+20 a éteint ses lumières, vendredi soir. Même si le jalon est timide, le Brésil a décroché “ son “ accord. Selon certains, Rio pourrait avoir lancé une dynamique. Celle d'une coopération internationale renforcée visant à mieux gérer les ressources finies d'une Planète bien mal en point.