Syrie, « l'archipel de la torture »

ZACHARIE

mardi 03 juillet 2012, 10:43

L'ONG Human Rights Watch publie un rapport détaillé sur l'usage de la torture par le régime syrien depuis les débuts de la contestation en mars 2011. Pour l'ONG, il s'agit d'un système d'Etat.

« L'archipel de la torture : arrestations arbitraires, torture et disparitions forcées dans les prisons clandestines de Syrie depuis mars 2011 », c'est le titre du rapport que l'ONG de défense des Droits de l'Homme Human Rights Watch publie aujourd'hui.

Un rapport très détaillé, basé sur plus de 200 interviews d'anciens détenus et d'anciens membres de l'armée et des services de renseignements syriens qui ont fait défection. Ces entretiens ont eu lieu en Syrie et dans les pays voisins qui accueillent les réfugiés (Turquie, Liban, Jordanie, Irak).

« L'utilisation systématique de mauvais traitements et de tortures que HRW a enregistrée pointe clairement une politique d'Etat de torture et de mauvais traitements et constitue de ce fait un crime contre l'humanité », juge l'ONG, qui appelle le Conseil de Sécurité des Nations Unies à prévenir la Cour pénale internationale afin que celle-ci adopte des sanctions contre les officiels impliqués.

Selon HRW, un tel système de torture d'Etat a été possible du fait de l'omniprésence des services de renseignements de l'Etat (les mukhabarat), dont quatre gèrent des centres de détentions secrets.

Plus de 25000 personnes arrêtées arbitrairement

HRW établit une carte de ces centres de détention et de torture, bien que probablement non exhaustive. L'identité des responsables de ces centres a également été divulguée. Toutes les personnes interviewées ont affirmé avoir été torturées ou été témoins d'une séance de torture. Plusieurs ont assisté à la mort d'un compagnon de cellule.

Un témoin raconte comment il s'est retrouvé dans une cellule de 10m avec 65 personnes : « Quand je voulais dormir, je m'appuyais contre le mur pour m'endormir. La salle de bain était dans la cellule […] Comme les prisonniers ne pouvaient jamais dormir et devaient rester debout tout le temps, certains ont commencé à devenir fous et à halluciner. Pendant que certains dormaient ou étaient assis dans la cellule, un prisonnier qui hallucinait a commencé à uriner sur ceux qui dormaient… » Le rapport fournit aussi les méthodes de torture utilisées.

Les arrestations arbitraires comprendraient plus de 25000 personnes depuis le début de l'insurrection, selon HRW. Des arrestations qui s'apparentent pour leur majorité à ce que le droit international qualifie de disparitions forcées.

Dès mars 2011, plusieurs personnes ont témoigné avoir été victime d'arrestation arbitraire et de torture par le régime syrien.

Le rapport d'Human Rights Watch