Scrutin historique en Libye marqué par des violences

Rédaction en ligne

samedi 07 juillet 2012, 22:45

Le peuple libyen élit pour la première fois son Assemblée nationale après des dizaines d’années de dictature sous Kadhafi. Le scrutin est marqué par des violences. Une personne a été tuée et deux autres blessées samedi lors d’une fusillade à Ajdabiya (est).

Scrutin historique en Libye marqué par des violences

© AFP

Les Libyens élisaient samedi leur première Assemblée nationale après des dizaines d’années de dictature sous Mouammar Kadhafi mais le scrutin a été marqué par une attaque meurtrière et des opérations de sabotage de militants autonomistes dans l’Est.

Huit mois après la fin du conflit armé qui a provoqué la chute puis la mort de Mouammar Kadhafi, quelque 2,8 millions d’électeurs étaient appelés à choisir les 200 membres du « Congrès national général », où les islamistes espèrent remporter le même succès que leurs voisins tunisiens et égyptiens.

La journée a néanmoins été endeuillée par la mort d’une personne à Ajdabiya, dans l’est du pays, lorsque des inconnus ont ouvert le feu près d’un bureau de vote, selon un responsable qui a fait également état d’un blessé.

Le chef de la Commission électorale, Nouri al-Abbar, a affirmé que 1,2 million de personnes avait voté à 16H00 (14H00 GMT), soit environ 40 % du corps électoral, disant s’attendre à « une affluence beaucoup plus importante » avant la fermeture des bureaux.

Les bureaux ont commencé à fermer à 20H00 (18H00 GMT) à Tripoli et Benghazi (est), foyer de la révolution. Le chef de la Commission a précisé que « dans certains bureaux de vote qui ont été fermés une partie de la journée dans l’Est, l’opération électorale se poursuivrait jusqu’à ce que tous les électeurs le souhaitant aient pu voter ».

Il a indiqué en fin d’après-midi que 98 % des bureaux de vote fonctionnaient normalement, alors qu’il avait annoncé plus tôt qu’une centaine de bureaux, sur un total de 1.554, soit 94 %, n’avaient pu ouvrir leurs portes en raison d’actes de sabotages, notamment dans l’Est.

Le vice-ministre de l’Intérieur Omar al-Khadhraoui a assuré en début de soirée que les autorités maîtrisaient désormais la situation dans cette région. Les résultats préliminaires devraient être annoncés « à partir de lundi ou mardi », selon la Commission.

A Tripoli comme à Benghazi, les bureaux de vote ont vu passer un flot d’électeurs ravis de participer au premier scrutin national après plus de quarante ans de règne de Mouammar Kadhafi.

Un jour historique

« Ma joie est indescriptible. C’est un jour historique », a déclaré Fawziya Omran, 40 ans, en patientant devant une école du centre de la capitale. « Je me sens un citoyen libre », s’est réjoui Ali Abdallah Derwich, 80 ans, en chaise roulante.

Certains électeurs étaient venus avec les drapeaux noirs, rouge et vert de la révolution, et les mosquées diffusaient les « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand) tandis que les rues résonnaient des concerts de klaxons.

La joie était tout aussi palpable à Benghazi, malgré les appels au boycott et au sabotage du scrutin lancés par les partisans de l’autonomie. « J’ai le sentiment que ma vie a été gâchée jusqu’à présent, mais mes enfants auront une vie meilleure. Tout ce dont ils ont besoin, c’est d’une impulsion, et je crois que les nouveaux dirigeants donneront cette impulsion », a déclaré Hueida Abdul Sheikh, 47 ans.

Nouvelle période de transition En votant dans sa ville de Baïda (est), Moustapha Abdeljalil, le président du Conseil national de transition (CNT au pouvoir) qui doit s’effacer devant la nouvelle Assemblée, a estimé que cette journée établissait « les fondements d’une Libye nouvelle ».

Avec 3.702 candidats et plus de 100 partis en lice, les pronostics sont difficiles, mais trois formations sortent du lot : les islamistes du Parti de la justice et de la construction (PJC), issu des Frères musulmans, ceux d’Al-Watan, dirigés par l’ex-chef militaire controversé de Tripoli Abdelhakim Belhaj, et les libéraux réunis dans une coalition lancée par l’ex-Premier ministre du CNT Mahmoud Jibril.

La semaine précédant le scrutin a été marquée par des tensions dans l’Est, qui ont culminé vendredi avec la mort d’un fonctionnaire de la Commission électorale, tué par un tir à l’arme légère sur l’hélicoptère à bord duquel il se trouvait au sud de Benghazi.

Auparavant, des partisans de l’autonomie, qui entendent dénoncer la répartition des sièges au sein de l’Assemblée nationale (100 sièges pour l’Ouest, 60 pour l’Est et 40 pour le Sud), avaient sommé plusieurs importants terminaux pétroliers de l’Est de cesser leurs opérations jusqu’à la fin du scrutin.

« Nous allons continuer nos manifestations jusqu’à ce samedi soir. Si les autorités ne revoient pas la répartition des sièges, nous allons envisager d’autres mesures », a prévenu l’un des leaders, Ibrahim al-Jadhran.

Pour tenter de calmer la colère des militants de l’Est, le CNT a ôté à la prochaine Assemblée l’une de ses principales prérogatives, celle de désigner les membres du comité chargé de rédiger la future Constitution. La composition de ce comité devrait faire l’objet d’un nouveau scrutin, et chacune des trois régions y enverra 20 membres.

En attendant, le Congrès général national sera chargé de choisir un nouveau gouvernement et de gérer une nouvelle période de transition, en prenant le relais du CNT qui devrait être dissous lors de sa première session.

(AFP)