Kilamba, la plus grande ville fantôme d'Afrique
Rédaction en ligne
dimanche 08 juillet 2012, 11:51
Projet phare du président angolais dos Santos, la ville de Kilamba, qui pourrait accueillir jusqu'à 500.000 personnes, reste désespérément vide.
Nova Cidade de Kilamba. Ville-satellite de Luanda. Construite à quelques encablures de la capitale de l'Angola pour héberger jusqu'à un demi-million d'habitants. Neuve. Clinquante. Et vide ! Presque un an après la mise sur le marché de 2.800 appartements, seuls 220 ont été vendus. Le problème : ce complexe immobilier est prévu pour loger des familles de classe moyenne, une classe sociale quasiment inexistante en Angola. Kilamba est ainsi devenue la plus grande ville fantôme d'Afrique.
Kilamba, ville déserte
C'est ce que révèlent les séquences filmées sur place par une journaliste de la BBC, et mises en ligne mercredi par le quotidien britannique. « Il règne à Kilamba un silence sinistre », relate la journaliste dans son reportage. « Nos voix rebondissent sur les murs de béton, et les routes sont désertes. Il n'y a guère de voitures et encore moins de personnes, juste des dizaines de rangées d'appartements colorés se répétant à l'infini, les volets fermés et les balcons vides. Après avoir conduit pendant quinze minutes, nous n'avons rien vu à part des ouvriers chinois, dont beaucoup vivent dans des containers autour du site. »
Construite par la Chine, pour le président de l'Angola
Bâtie par une compagnie d'Etat chinoise China International Trust and Investment Corporation (CITIC) Kilamba est sortie de terre en moins de trois ans. Pour la bagatelle de 3,5 milliards de dollars, le président angolais José Eduardo dos Santos s'est offert un des plus grands développements immobiliers du continent africain. Un projet pharaonique. Son projet phare. Il avait promis en 2008 de construire un million d'habitations en moins de 4 ans. Les 750 buildings d'appartements de 8 étages flambants neufs de Kilamba sont donc là à présent. Un complexe résidentiel 5.000 hectares comprenant une multitude de jardins d'enfants, d'écoles, et de commerces. Mais, vendus entre 120.000 et 200.000 dollars, selon les publicités en ligne, les appartements de Kilamba n'attirent désespérément pas les investisseurs. Personne ne vient s'y installer. « Il n'y a tout simplement pas de classe moyenne en Angola, uniquement les très pauvres et les très riches. Et donc il n'y a personne pour acheter ce type de logement », résume Elias Isaac, membre de l'Open Society Initiative of Southern Africa (OSISA), cité par la BBC.
Des habitations trop chères pour une population trop pauvre
« En Angola, la grande majorité de la population vit dans des taudis sans électricité, sans eau, ni sanitaires », rappelle Elias Isaac. Deux tiers des habitants du pays vivent avec moins de deux dollars par jour. Quel décalage entre cette réalité et les films promotionnels réalisés par le gouvernement angolais pour vendre les appartements de Kilamba. Ces spots mettent en scène des familles souriantes profitant d'un nouveau style de vie, loin de la poussière et de l'anarchie de Luanda.
Mais comment une population si pauvre pourrait-elle se payer ces appartements de luxe ? C'est une question que les constructeurs chinois de la ville ne se semblent pas s'être posée. Pas plus que le président dos Santos d'ailleurs, malgré sa longue expérience et les 32 ans passés à la tête de son pays !
Une aubaine pour les élections à venir
Pour financer Kilamba, l'Angola a dû concéder à la Chine un accès prioritaire à son pétrole. Comme c'est souvent le cas lorsqu'ils commercent ensemble, la Chine a octroyé une ligne de crédit à son client africain, qui l'a remboursé avec ce qu'il a : ses ressources naturelles. Techniquement donc, Kilamba est payée. Mais, ce pourrait bien être un investissement à fonds perdus pour le gouvernement angolais. Car, ne parvenant pas à vendre les logements de la ville, il se retrouve avec un stock phénoménal d'appartements invendus sur les bras. Dans son enquête, la BBC a interrogé sur ce sujet Paulo Cascao, le directeur général de Delta Imobiliaria l'agence immobilière en charge de la vente des appartements de Kilamba. Ce dernier leur a indiqué qu'une partie des biens à vendre sera prochainement désignée comme logements sociaux. De nombreux appartements seront dès lors loués à bas prix, et à long terme. Personne ne sait encore comment ce sera organisé, et qui pourra y prétendre. Mais des esprits cyniques s'inquiètent déjà de voir cette manne employée à des fins électoralistes, en vue des législatives qui doivent avoir lieu le 31 août.
Ph. G. (st)