Syrie : accord entre Kofi Annan et Bachar al-Assad

Rédaction en ligne

mardi 10 juillet 2012, 12:29

Kofi Annan a eu une réunion « constructive » avec le président syrien. Il quitte la Syrie avec le sentiment d’avoir réussi à mener Bachar al-Assad vers une « nouvelle approche » dans le conflit. Mais les combats continuent et se déplacent désormais vers le Liban.

Syrie : accord entre Kofi Annan et Bachar al-Assad

©AFP

La troisième visite de Kofi Annan à Damas aura été la bonne. C’est en tout cas le sentiment d’Annan après sa rencontre avec Bachar al-Assad. L’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie est parvenu hier à soutirer un accord du président syrien dont les méthodes répressives à l’endroit des contestataires du régime continuent après plus d’un an. Fort de cette entente prévoyant une « nouvelle approche » dans le dossier syrien, Kofi Annan est aujourd’hui en Iran, allié du président al-Assad, pour discuter de la contribution de cette République islamique dans le dénouement de la crise.

« Je quitte la Syrie, mais nous continuons notre dialogue, a affirmé ce lundi M. Annan aux journalistes présents à Damas. L’approche que nous avons discutée en vue de la fin des violences sera partagée avec l’opposition armée ». Quant aux détails précis de l’entente, l’ancien secrétaire général des Nations unies a refusé d’en dire davantage pour l’instant. Il a toutefois mentionné qu’elle serait bientôt soumise aux rebelles armés.

Cet accord arraché au prix de longues « discussions très franches et constructives », selon les mots de Kofi Annan, survient après que le Conseil national syrien (CNS), l’organe politique représentant les intérêts de l’opposition, a condamné sa visite à Damas. S’exprimant dans un communiqué diffusé hier matin, les dirigeants du CNS ont remis en question la présence de M. Annan auprès des « symboles du régime » plutôt qu’aux côtés des participants de la troisième Conférence des Amis du peuple syrien, à Paris, vendredi dernier. Ils ont souligné, du reste, leur surprise de voir l’émissaire de l’ONU discuter avec le président al-Assad deux jours suivant sa déclaration dans les médias selon laquelle son plan de sortie de crise en six points avait été un échec.

Kofi Annan à Téhéran

L’ancien secrétaire général de l’ONU cherche maintenant à déterminer la participation que pourrait avoir l’Iran dans le dénouement du conflit syrien. D’après les médias locaux, il est prévu que Kofi Annan rencontre ce mardi le ministre iranien des affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et le secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale, Saeed Jalili, pour discuter de la question.

M. Annan croit indispensable la contribution de Téhéran, l’une des rares capitales ayant encore un pouvoir d’influence sur le régime de Bachar al-Assad, dans le rétablissement de la paix et de l’ordre en Syrie. Au grand dam, d’ailleurs, des États-Unis et des puissances européennes qui rechignent à l’idée de voir l’émissaire des Nations unies négocier avec un pays soupçonné de développer l’énergie nucléaire à des fins militaires.

Au cours de la journée, Kofi Annan compte bien, par ailleurs, faire part aux dirigeants de l’État perse des conclusions de la plus récente réunion du Groupe d’action sur la Syrie, à laquelle les Iraniens n’ont pas été conviés. La rencontre, qui avait lieu fin juin en Genève, s’était déroulée en présence des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, des pays représentant la Ligue arabe et de la Turquie. Il avait été décidé à ce moment que le processus de transition démocratique en Syrie passerait par un gouvernement d’unité nationale, rassemblant des personnalités issues du pouvoir actuel et de l’opposition. Le sort de Bachar al-Assad, à savoir son départ de la présidence, n’avait cependant pas été fixé par les participants du Groupe d’action.

La crise déborde au Liban

Entre-temps, les exactions se poursuivent en Syrie. Les derniers chiffres de l’Observatoire syrien pour les droits de l’Homme font état de la mort de 17 000 personnes en près de 16 mois de révolte populaire. Et il semble désormais que les combats se déplacent de plus en plus au Liban.

Ce proche voisin de la Syrie a été la cible de tirs d’obus du côté syrien dans la nuit de lundi à mardi. Les violences se concentreraient surtout aux points de passages illégaux entre les deux pays, comme le rapporte un responsable des services de sécurité cité par l’Agence France-Presse.

La frontière syriano-libanaise a également été le théâtre le week-end dernier d’explosions et d’accrochages ayant causé la mort de deux personnes.

Philippe Rodrigues-Rouleau (avec AFP)