Le « Joker », agent du mal, encore une fois mis en cause

VERONIQUE KIESEL, ;AFPALEXANDRA GENESTE ET NICOLAS CROUSSE

lundi 23 juillet 2012, 19:17

Une malédiction pèserait- elle sur la trilogie de Batman ? On en viendrait à se le demander, aux lendemains de la fusillade du Colorado, au terme de laquelle James Holmes, déclara au moment de son arrestation : « Je suis le Joker, l'ennemi de Batman. »

Le « Joker », agent du mal, encore une fois mis en cause

"Je suis le Joker, l'ennemi de Batman." Ces mots, prononcés quelques minutes après le carnage perpétré dans un cinéma d'Aurora, semblent s'inscrire dans un modus operandi où la mise en scène criminelle n'aurait rien laissé au hasard.

Depuis quelques jours, des affiches géantes annonçaient aux quatre coins des Etats-Unis la sortie imminente du film de Christopher Nolan, The Dark Knight rises (L'ascension du chevalier noir), avec pour slogan ces quatre mots : « A fire will rise ». Autrement dit : le feu arrive ! Voire, en extrapolant à peine : voici l'heure du carnage.

Lors de son arrivée à l'avant-première du film de Nolan, James Holmes s'est présenté vêtu et ganté de noir, tel Batman. Mais c'est bien davantage au Joker, voire au nouveau villain, Bane, campé par Tom Hardy, que l'on pense ici.

Dans The Dark Knight rises, Tom Hardy campe un monstre au visage partiellement masqué. Qui rappelle les masques à gaz portés dans Batman begins (premier opus de la trilogie) par les agents exterminateurs contre lesquels se battait Batman, et qui répandaient de la fumée partout sur Gotham avant de passer au meurtre de masse. Troublant, quand on pense que Holmes a pénétré dans le cinéma d'Aurora muni d'un masque, a d'abord propagé une fumée abondante, avant de tirer dans la foule.

« Malédiction » ? Le mot n'est pas trop fort. La trilogie, intimement liée dans l'imaginaire américain au syndrome du 11 Septembre, accoucha en 2008 d'un second volet, The Dark Knight, marqué quelques mois avant la sortie officielle du film par la mort brutale de l'acteur qui incarnait le Joker. Le 22 janvier 2008, Heath Ledger, 28 ans, disparaissait à la suite d'une overdose de médicaments.

Ce n'est pas la première fois que le cinéma entretient des liens troubles avec le fait divers. Que l'on pense à Tueurs nés, le film d'Oliver Stone, accusé d'avoir sublimé le portrait de ses assassins, et d'avoir ainsi inspiré des actes criminels, comme ceux commis en 1994 par Florence Rey et Audry Maupin.

Deux cinéastes américains se sont inspirés de la tuerie de Columbine, en 1999 : Gus Van Sant, avec Elephant. Et Michael Moore, avec Bowling for Columbine. Et en 2007, à l'université de Virginia Tech, Cho Seung-hui, 24 ans, posta, durant sa fusillade qui fit 32 morts, 43 photos dont certaines évoquaient un lien possible avec le film ultra-violent du Coréen Park-Chan Wook, Old boy. Pour certains, il n'en faut pas plus pour relancer le débat sur la responsabilité du cinéma dans sa représentation de la violence. Un vieux débat. Il y a 40 ans, Stanley Kubrick était physiquement menacé, peu après la sortie d'Orange mécanique