Mario Monti s'inquiète de tensions grandissantes entre Européens
Rédaction en ligne
dimanche 05 août 2012, 14:30
Dans un entretien qu'il a donné au journal allemand Der Spiegel, le chef du Conseil italien Mario Monti s'inquiète de l'émergence de tensions liées à la crise entre les pays de l'Union. « Nous devons travailler pour prévenir une rupture psychologique de l'Europe ».
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Interrogé sur le ressentiment éprouvé en Italie à l'égard de l'Allemagne et sur l'arrogance reprochée à Berlin dans sa gestion de la crise de la dette, M. Monti s'est dit « inquiet », selon un extrait de l'entretien au Spiegel à paraître lundi, divulgué à la presse. Il a indiqué avoir évoqué avec la chancelière allemande, la montée dans l'opinion italienne d'un ressentiment à l'égard de l'Allemagne et parfois d'Angela Merkel elle-même, mais aussi de l'Union européenne (UE).
Mais selon lui, ce problème excède largement celui des seules relations italo-allemandes. « Les pressions qui, ces dernières années, ont affecté la zone euro portent déjà les stigmates d'une rupture psychologique de l'Europe » a affirmé M. Monti au Spiegel. « Nous devons travailler dur pour prévenir » celle-ci, a-t-il poursuivi.
Ce sentiment anti-allemand ne concerne pas uniquement l'Italie. Parmi les Grecs, qui font face aux exigences de rigueur et d'austérité afin d'assainir leurs comptes, ils sont nombreux à considérer l'Allemagne comme responsable de leur malheur, n'hésitant pas à ressortir les croix gammées lors de manifestations contre les plans d'austérité.
En France, on se souvient des mots d'Arnaud Montebourg, actuel ministre du redressement productif qui avait, début 2012, qualifié l'attitude de Mme Merkel au niveau européen de « politique à la Bismarck ». Et on sait que chez nous, Elio Di Rupo n'apprécie guère les remarques allemandes sur l'indexation des salaires.
Les fondations du projet européen en danger
Le risque d'un désamour entre les Etats-membres de l'Union européenne, s'il n'est pas encore effectif, est donc bien réel. Or, comme le dit Mario Monti au Spiegel, « si l'euro devait devenir un facteur de désunion au sein de l'Europe, cela détruirait les fondations du projet européen ».
Le chef du gouvernement italien a aussi déclaré approuver les critiques de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine dernière, concernant le fonctionnement des marchés obligataires, sur lesquels les coûts d'emprunt de l'Italie et de l'Espagne se sont envolés. Il convient de régler les problèmes susceptibles d'alimenter un nouveau climat d'incertitude quant à la capacité de la zone euro à endiguer la crise, a estimé M. Monti.
Le chef du gouvernement italien a aussi appelé ses homologues à conserver une marge de manuvre face à leurs parlements nationaux. « Si les gouvernements devaient se laisser complètement brider par les décisions de leurs parlements sans préserver leur espace de négociation, l'Europe risque davantage d'éclater que de renforcer son intégration », a-t-il averti.
Mario Monti est considéré comme le grand instigateur des différents accords économiques et budgétaires obtenus lors du dernier sommet européen.
DZ avec AFP