Climat : l'argent au coeur des débats à Copenhague

Rédaction en ligne

jeudi 10 décembre 2009, 15:29

Le financement de la lutte contre le réchauffement climatique et de l'adaption au phénomène s'inscrit au coeur des débats à Copenhague à l'approche des réunions ministérielles ce week-end, chargées de préparer l'arrivée des chefs d'Etat. Au même moment, la coalition des pays en développement a appelé les Etats-Unis à rejoindre le Protocole de Kyoto.

Climat : l'argent au coeur des débats à Copenhague

AFP

Plus de 100 dirigeants, dont le président américain Barack Obama, qui devait recevoir jeudi à Oslo le prix Nobel de la Paix, ont confirmé leur participation au sommet du 18 décembre, lors duquel devrait être adopté le nouvel accord climatique.

Le Kremlin a annoncé jeudi matin que le président russe Dmitri Medvedev se rendrait également dans la capitale danoise.

Le plus haut responsable du climat aux Nations unis, Yvo de Boer, a jugé que de « bons progrès » avaient été faits depuis lundi et « qu'il y a maintenant une volonté sincère de négocier » parmi les délégués des 193 pays présents. Tout en notant que « les énormes attentes à l'égard de cette conférence créent une forme de nervosité ».

Par déclarations interposées, la Chine et les Etats-Unis bataillent sur la responsabilité et les devoirs de chacun par rapport à la hausse du thermomètre mondial.

Se plaçant en position de porte-parole des pays en développement, la Chine a une nouvelle fois rappelé avec force qu'elle considérait que l'indispensable aide financière des pays développés relevait d'une « responsabilité historique ».

« La garantie d'un soutien financier aux pays en développement par les pays industrialisés n'est pas un acte de charité ou de philanthropie pour les riches », a martelé Yu Qingtai, représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour le climat.

De son côté, l'envoyé spécial américain pour le climat Todd Stern a clairement indiqué qu'il rejetait tout idée de « réparations ».

« Nous reconnaissons parfaitement notre rôle historique dans la pollution de l'atmopshère, mais je rejette catégoriquement toute idée de culpabilité ou de réparations », a-il indiqué.

Le principal négociateur américain Jonathan Pershing a clairement indiqué que l'aide financière à la Chine n'était pas une « priorité », par rapport aux besoins « des pays les plus pauvres et les plus touchés ».

Pas d'argent, pas d'accord !

Alors que la Chine et les USA monopolisent assez largement le débat à Copenhague, les dirigeants de l'Union européenne devaient tenter, à partir de ce jeudi soir à Bruxelles, de reprendre la main dans les négociations en s'accordant sur une aide immédiate de quelque 6 milliards d'euros (10 mds USD) en faveur des pays pauvres.

« Nous sommes très préoccupés par ce que nous avons vu », a indiqué l'ambassadeur climat du Brésil, Sergio Serra. « Ces chiffres pour le court terme sont bienvenus, mais ils sont largement insuffisants : tous les pays en développement attendent des engagements d'ici à 2020 c'est-à-dire sur onze ans ».

« Pas d'argent, pas d'accord ! », a-t-il résumé.

Les Européens vont devoir aussi surmonter leurs divergences sur l'opportunité de relever à Copenhague leur objectif de réduction d'émissions de 20 % d'ici 2020, par rapport à 1990, à 30 %, ce qui leur permettrait de maintenir leur position de pointe sur le climat.

Dans une position commune adoptée, fin novembre à huis clos à Pékin en partie déjà connue et diffusée pour la première fois intégralement jeudi par le quotidien français Le Monde, l'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud demandent collectivement aux pays industrialisés de réduire leurs émissions de 40 % en 2020.

Dans les couloirs du Bella Center, qui accueille plus de 15.000 délégués du monde entier, des centaines de jeunes gens arboraient jeudi des tee-shirts orange vif demandant : « Quel âge auras-tu en 2050 ? », interpellation directe à ceux qui, en raison de leur âge, seraient tentés de prendre la question du réchauffement de la planète à la légère.

Le G77 appelle Obama à rejoindre Kyoto

Parallèlement, la coalition des pays en développement a appelé ce jeudi les Etats-Unis à rejoindre le Protocole de Kyoto, à l'occasion de la remise du prix Nobel de la Paix au président américain Barack Obama.

« Nous demandons au président Obama et aux Etats-Unis de rejoindre le Protocole de Kyoto pour un accord (climatique) juste et équitable. La paix et la sécurité mondiales ne peuvent être garanties si les Etats-Unis ne participent pas à l'élimination de cette grave menace pour l'humanité » que représente le changement climatique, a déclaré le délégué soudanais Lumumba Stanislas Dia-Ping, dont le pays préside le groupe du G-77 plus la Chine (130 pays en développement).

« Les Etats-Unis sont historiquement les principaux émetteurs de gaz à effet de serre par habitant (…) et la réduction de leurs émissons de 4 % n'aidera pas à sauver le monde », a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont annoncé un engagement de réduction de 17 % en 2020 par rapport à 2005, soit – 4 % comparé à 1990, année de référence du Protocole de Kyoto.

A son arrivée à Copenhague mercredi, l'émissaire américain pour le Climat Todd Stern avait catégoriquement rejeté l'idée d'adhérer à ce traité contraignant pour les pays industrialisés.

« Nous n'allons certainement pas devenir partie à Kyoto (…) ni à rien qui y ressemblerait », avait-il prévenu.

M. Dia-Ping a également souhaité que M. Obama « repense » les engagements du G8 à limiter le réchauffement à 2ºC supplémentaires.

« Deux degrés de plus, c'est la mort assurée pour l'Afrique », a-t-il dit.

(D'après AFP)