La « nomophobie » ou peur de perdre son GSM

Rédaction en ligne

vendredi 06 avril 2012, 19:14

La peur de perdre son GSM a un nom : la « nomophobie », contraction de « no mobile phobia ». Cette peur atteindrait de plus en plus de personnes…

La « nomophobie » ou peur de perdre son GSM

© THOMAS BLAIRON/Le Soir

Se sentir « très angoissé » à l’idée de perdre son GSM ou être incapable de s’en passer plus d’une journée : la « nomophobie », contraction de « no mobile phobia », touche principalement les accros aux réseaux sociaux qui ne supportent pas d’être déconnectés.

En février, une étude menée auprès d’un millier d’utilisateurs de mobiles au Royaume-Uni -pays où le terme de « nomophobie » est apparu en 2008- révélait que 66 % d’entre eux se disaient « très angoissés » à l’idée de perdre leur téléphone.

La proportion atteint 76 % chez les jeunes de 18-24 ans, selon ce sondage réalisé par l’entreprise de solutions de sécurité pour mobile SecurEnvoy. 40 % des personnes interrogées indiquaient en outre posséder deux téléphones.

« Le phénomène s’est amplifié avec l’arrivée des smartphones et des forfaits illimités. Chacun a accès à une panoplie de services : Où suis-je ? Y a-t-il des restaurants à proximité ? J’achète mon billet de train pour ce week-end, je planifie ma soirée, etc. », résume Damien Douani, expert en nouvelles technologies de l’agence FaDa.

« Il y a quelques années, le SMS était déjà une forme de nomophobie. On parlait même de la génération des pouces pour décrire ceux qui tapaient non-stop des textos. Mais l’internet mobile via un smartphone, c’est le SMS puissance 10.000 », selon lui.

« Le réflexe Google a été transposé au mobile : j’ai besoin d’une information, et je trouve réponse à tout, c’est la facilité incarnée », souligne Damien Douani.

« On peut comprendre que les gens soient accros à leur smartphone car ils ont toute leur vie dedans, et si par malheur ils le perdent ou qu’il est en panne, ils se sentent totalement coupés du monde », souligne l’écrivain Phil Marso, organisateur depuis une dizaine d’années des Journées mondiales sans téléphone portable les 6, 7 et 8 février de chaque année.

« C’est un outil qui déshumanise. Un jour dans la rue, une personne qui cherchait son chemin m’a tendu son smartphone avec le plan du quartier sur l’écran au lieu de me demander où se trouvait la rue qu’elle cherchait », raconte-il.

« Parallèlement à tout cela, les réseaux sociaux créent des liens avec des communautés et font qu’il y a un besoin de mise à jour constante et de consultation en permanence. S’il y avait un petit compteur sur chaque téléphone comptabilisant le nombre de fois où on le vérifie, on serait surpris », souligne Damien Douani.

Cet expert parle de « véritable extension du domaine de l’addictio » » : « il y a ce syndrôme « je suis toujours connecté », « je vérifie mon téléphone au cas où » ».

« On est dans une société robotique où on doit faire plein de choses à la fois. Une partie de la population pense que si elle n’est pas connectée, elle loupe quelque chose. Et si on loupe quelque chose ou si on ne peut pas réagir tout de suite, on développe des formes d’angoisse ou d’énervement. Les gens n’ont plus de patience », selon Phil Marso, auteur en 2004 du premier livre entièrement rédigé en SMS.

« Le smarpthone détruit une forme de fantaisie. Tout est servi sur un plateau et il n’y a plus de spontanéité ou d’effet de surprise, comme trouver un restaurant au fil des rues au lieu de le repérer grâce à une application mobile et s’y rendre directement. On est en train de tuer une forme d’inattendu », estime-t-il.

(AFP)