Imagerie médicale : des centaines de milliers d'examens inutiles

RICARDO GUTIERREZ

jeudi 07 juin 2012, 00:05

L'Agence intermutualiste publie une étude accablante pour le secteur de l'imagerie médicale. Des centaines de milliers d'examens inutiles, parfois dangereux, continuent à être prescrits, chaque année.

Imagerie médicale : des centaines de milliers d'examens inutiles

©Pierre-Yves Thienpont – Le Soir

Les radiographies à répétition ont un prix, en Belgique. Un coût pour l'assurance-maladie. Mais aussi un risque accru pour le patient. Certains groupes d'âge courent cinq fois plus de risque de radiation qu'en France… C'est un des constats que pose le rapport publié, mercredi soir, par l'Agence intermutualiste, qui a étudié des milliers d'examens prescrits entre 2002 et 2008.

Le patient belge est beaucoup plus exposé aux rayonnements médicaux que le patient français. En cause : un recours intensif, chez nous, aux examens d'imagerie médicale. Près de 90 % de la population belge s'est vue prescrire ce type d'examen, au cours de la période 2002-2008. Pour 43 % des patients, ce sont même plus de 10 examens qui ont été facturés, au cours de ces sept années. Certains, heureusement, comme les échographies ou la résonance magnétique nucléaire (RMN), évitent l'exposition aux rayonnements nocifs.

Parmi les examens les plus fréquemment effectués, l'étude s'est concentrée sur l'imagerie de la colonne lombaire, du thorax mais aussi les radiographies dentaires. Alors que l'imagerie de la colonne lombaire est dans la plupart des cas inutile, l'Agence dénombre 344.000 examens par an. Soit un coût total de plus de 15 millions d'euros.

Des examens inutiles, coûteux et dangereux

Autre pratique courante : une radiographie de la colonne lombaire, suivie, dans un délai de moins de trois mois, d'un scanner CT. Des examens successifs effectués à 426.720 reprises, au cours de la période de sept ans étudiée. Le rapport dénombre aussi 50.240 cas de répétition d'une même radiographie lombaire.

L'Agence s'interroge sur l'utilité de ces examens à répétition. Son rapport constate que dans 40 % des cas, les examens successifs ont été prescrits par le même médecin. Concernant la colonne lombaire, 58 % des cas de patients exposés à trois examens successifs (d'abord une radiographie, puis un CT scan et enfin une RMN) relèvent du choix d'un même médecin.

Le rapport relève, par ailleurs, une augmentation des doses de rayonnement. La plus forte hausse se produit dans les régions du corps les plus sensibles aux radiations, comme le thorax et l'abdomen. En cause, ici : le recours au CT-scan. L'Agence appelle à une diminution du nombre de scanners, et à limiter la dose de rayonnement administrée. Il est à nouveau question d'établir un cadastre des appareils CT-scan qui équipent les différents hôpitaux du pays. Ce n'est pas la première fois que des experts suggèrent la limitation de ces équipements.

L'Agence estime qu'il ne suffira pas de créer un registre central des appareils d'imagerie médicale, pour éviter les examens inutiles et nuisibles. « Des mesures supplémentaires sont nécessaires », insiste l'Agence : il faudra aussi passer par un enregistrement individuel de chaque examen ionisant prescrit, et par le respect des règles de bonne pratique par les radiologues. « C'est de cette manière seulement que l'on pourra réduire drastiquement le volume de rayonnements ionisants dans notre pays et réaliser des économies dans le secteur de l'imagerie médicale ».

Lire le rapport complet de l'Agence intermutualiste