Jésus était-il marié ?

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

mercredi 19 septembre 2012, 19:27

Un fragment de papyrus découvert par une chercheuse de Harvard parle de sa femme. Ce qui pourrait relancer le débat sur le célibat de Jésus et donc des prêtres.

Jésus était-il marié ?

Le payrus, © AP

Une historienne de Harvard, Karen L. King, vient de rendre publique la transcription d'un bout de papyrus daté du IVe siècle. Ce fragment contient une phrase qu'on n'a jamais lue dans les Ecritures : « Jésus leur dit : ma femme… ».

Il y a quelque chose de fascinant dans ce genre de découverte. Non pas que ce fragment de papyrus puisse remettre en cause les fondements de notre société mais que, deux mille ans après l'émergence du christianisme, des nouveautés puissent encore susciter des questionnements dans le monde chrétien, et ailleurs. Voilà donc un bout de papyrus, de couleur miel, de quatre centimètres sur huit, écrit en copte des deux côtés. D'un côté huit lignes incomplètes plus les traces d'une neuvième, de l'autre six lignes mais seuls trois mots et quelques lettres sont visibles.

« Ma femme »

Dans la communauté des historiens du christianisme des débuts, on lui a déjà donné le nom d'Evangile de la femme de Jésus. Une manière de pouvoir s'y reférer facilement. Et ce bout de papyrus fait grand bruit, depuis qu'il a été analysé par Karen L. King fin d'année passée et jusqu'à aujourd'hui. Parce qu'elle y a trouvé les mots, dits par Jésus : « Ma femme ».

Ce fragment ne vient pas d'être découvert. Sans doute a-t-il été trouvé dans les mêmes conditions que d'autres évangiles, comme ceux de la Vérité, de Judas, de Marie, de Philippe, etc. Il a dû passer de main en main. Jusqu'à ce que Mme King fut sollicitée par son propriétaire pour l'étudier, en décembre 2011. Karen L. King, professeur à la Harvard Divinity School, fit appel au papyrologue Roger Bagnal et à AnneMarie Luijendijk, une spécialiste des premiers écrits chrétiens de l'Université de Princeton. Ils conclurent à l'authenticité du document, vu l'âge du papyrus, l'absorption de l'encre, le type d'écriture, la grammaire copte.

Bien sûr, le fragment devra encore être soumis à l'analyse de collègues, principalement quant à la composition chimique de l'encre, mais les experts ont estimé que leur conviction était suffisante pour pouvoir dire qu'il n s'agissait pas d'un faux et qu'on pouvait donc l'interpréter.

Un dialogue sur la famille

Alors que disent ces quelques lignes ? Elles concernent un dialogue entre Jésus et ses disciples, sur la famille, les disciples et le mariage. Par deux fois, dans ce minuscule fragment, Jésus parle de sa mère et une fois de sa femme. L'une d'elles est appelée Marie. Les disciples se demandent si Marie est respectable et Jésus répond : « Elle peut être mon disciple ». Cela signifie-t-il que Jésus était marié ? Sur son site, la Harvard Divinity School répond non.

« Le fragment ne fournit aucune preuve que Jésus était marié. La date tardive du papyrus (une copie du IVe siècle d'un évangile vraisemblablement écrit en grec dans la seconde partie du IIe siècle) plaide contre sa valeur en tant que preuve de la vie du Jésus historique. Mais il n'y a pas davantage de preuve historique pour affirmer qu'il n'était pas marié, même si la tradition chrétienne a défendu cette position depuis longtemps. Ce fragment de papyrus montre en tout cas que la question du statut marital de Jésus se posait parmi les chrétiens de ce temps, comme celles du mariage et de la sexualité. »

Questions sur le mariage et la sexualité des chrétiens

Et Karen L. King enchaîne : « Ce fragment suggère que certains premiers chrétiens avaient une tradition selon laquelle Jésus était marié. Il y eut, et ça nous le savions déjà, une controverse au IIe siècle sur le mariage de Jésus, et donc sur le mariage et la sexualité des chrétiens. »

Tout cela en tout cas pourrait entraîner de vastes discussions au sein de l'église catholique. Si l'on en croit ce papyrus, Jésus pourrait avoir été marié, ce qui relancerait le débat sur le célibat des prêtres, basé sur le célibat de Jésus. Et Jésus aurait pu avoir des disciples femmes, ce qui relancerait aussi le débat sur la prêtrise des femmes.