Google boycotte lesoir.be

Rédaction en ligne

vendredi 15 juillet 2011, 19:55

Et pas seulement : ce sont tous les sites de presse belge francophone qui ne sont plus référencés sur le moteur de recherche.

Il y a un mois, Google intégrait les résultats de Google News dans ses résultats de recherche. Or, depuis 2006, un conflit oppose le géant du web à Copiepresse, qui réunit les éditeurs de la presse francophone. Ces derniers, dont Le Soir, contestent l’utilisation et l’archivage des articles des sites de presse dans son site d’actualités, Google News. Google avait été condamné à deux reprises, en septembre 2006 et en février 2007, à mettre fin à l’utilisation de cette pratique, qui va à l’encontre du respect du droit d’auteur.

Copiepresse avait ensuite entamé des négociations avec Google pour trouver un terrain d’entente sur une éventuelle collaboration plus équilibrée, mais celles-ci ont échoué après six mois. Google avait finalement décidé d’interjeter appel. Mais en mai dernier, la cour d’appel de Bruxelles a confirmé la décision de 2007.

Aujourd’hui, le plus grand moteur de recherche ne se contente pas seulement de respecter la décision de justice qui l’oblige à retirer de ses serveurs les contenus des sites francophones de Belgique, il pousse le bouchon beaucoup plus loin et les prive purement et simplement de tout référencement sur son moteur de recherche, en faisant une lecture jusqu’au-boutiste de l’arrêt rendu en 2006.

« Compte tenu de la récente décision d’appel, nous retirons les contenus de Copiepresse de notre index », indique Google dans un communiqué. « Nous regrettons d’avoir à prendre une telle mesure et nous restons ouverts à travailler en collaboration avec les membres de Copiepresse à l’avenir. »

S’exprimant à l’AFP, Bill Echikson, un porte-parole de Google, affirmait que sa société risquait une astreinte de 25.000 euros par infraction si les sites affiliés à Copiepresse continuaient à être référencés, sans distinction entre son moteur principal et Google Actualités.

La firme est toutefois « prête à reprendre le référencement » des sites sur son moteur principal si Copiepresse « en fait la demande et renonce à réclamer l’astreinte ».

Copiepresse a réagi avec colère à cette mesure et considère que Google essaye d’interpréter différemment la décision du juge : « Google n’agit pas honnêtement en disant qu’il se base sur l’arrêt. Il ne digère pas la décision de justice et pratique une véritable mesure de rétorsion. Nous sommes furieux », a indiqué Margaret Boribon, secrétaire général de CopiePresse, contactée par l’Agence Belga.

« Google continue la piraterie »

Philippe Nothomb, juriste du Groupe Rossel, explique que « comme elle l’avait déjà fait en 2007 après le prononcé du jugement qui la condamnait déjà à retirer les photos et articles protégés par le droit d’auteur de ses publications Google News et des mémoires caches, Google prend à nouveau une mesure de rétorsion en dé-référençant nos contenus rédactionnels pour que nous confirmions notre interprétation juridique de l’arrêt de la Cour d’appel de Bruxelles cette fois. C’est une procédure inutile et même vexatoire car Google est parfaitement au courant du fait que Copiepresse n’a pas attaqué le fonctionnement de son moteur de recherche lui-même. »

M. Nothomb ajoute que « cette question revêt un intérêt particulier depuis que Google a modifié ses algorithmes, permettant aux résultats de Google News d’apparaître dans Google Web (search). De cette manière, Google augmente encore la contrefaçon des œuvres protégées par le droit d’auteur (textes, photos, vidéos) dans tous les sous-produits de son moteur de recherche. Google continue la piraterie ! » (lire le communiqué dans le PDF ci-contre).

Il y a des précédents

Reste à voir si les éditeurs porteront le litige devant le Conseil de la concurrence.

Il y a des précédents. En Italie, les éditeurs avaient attaqué Google devant le conseil italien de la concurrence, qui a décrété que Google ne pouvait exclure les journaux de ses moteurs de recherche sous prétexte qu’ils ne voulaient pas être référencés sur Google News.

Les quotidiens francophones s’estiment également victimes d’une discrimination. Ils risquent en effet de perdre une partie non négligeable du trafic vers leurs sites tandis que la décision de Google favorisera des sites d’actualité concurrents comme 7 sur 7 (Persgroep) ou ceux de la RTBF et de RTL.

(avec Alain Jennotte, Belga et AFP)