Les mille vies de Balthazar

AFP

lundi 03 janvier 2011, 11:07

Olivier Perrier, 70 ans, est le moine Bruno dans « Des dieux et des hommes ». Il tient aussi une distillerie de whisky.

Les mille vies de Balthazar

Olivier Perrier, dit Balthazar, admire la couleur de son whisky « Hedgehog », dans sa distillerie Il s’est impliqué dans la distillation depuis 2000 Il produit 2 à 3000 bouteilles par an © Thierry Zoccolan/AFP

Homme aux mille vies, Olivier Perrier, 70 ans, qui incarne le moine Bruno dans Des hommes et des dieux, « le » film de 2010, s'est lancé « par jeu » dans la production de whisky en Auvergne, après avoir enseigné en Lorraine et être monté sur les planches à Paris.

Avec son chapeau de feutre, son large pantalon noir d'Auvergnat et son air jovial, il se fait appeler Balthazar – un pseudonyme emprunté au théâtre – depuis qu'il s'active dans sa distillerie près de Hérisson, son village natal de l'Allier.

C'est un ami violoniste américain qui lui a transmis la recette de sa boisson, baptisée « Hedgehog », hérisson en anglais. Une ancienne grange, située dans un hameau du bocage bourbonnais, abrite sa distillerie, qui compte parmi la dizaine existant en France.

À l'étage sont entreposées les céréales : maïs bio, malt d'orge et seigle, composants essentiels de son whisky. Au rez-de-chaussée, trois alambics pour distiller : « Contrairement à la pratique écossaise qui privilégie la chauffe directe, je cuis ma bouillie de céréales au bain-marie, ce qui permet d'obtenir des arômes plus riches et variés. »

Le vieillissement, qui dure trois ans, s'effectue les six premiers mois dans des fûts de chênes de la forêt de Tronçais toute proche, puis dans des barriques anciennes ayant contenu du cognac. Au final, un whisky à l'arôme fleuri, plus féminin que le whisky traditionnel. « Le whisky, c'est un peu comme la cuisine, une variation sur des bases traditionnelles », explique Olivier qui s'est lancé dans la production au début des années 2000, lorsqu'il a pris sa retraite d'acteur.

Un retour aux sources pour ce comédien qui a gravi les marches de Cannes au printemps pour Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, Grand prix du jury, dans lequel il incarne frère Bruno : « Un vrai film d'équipe, on était comme une troupe de théâtre », raconte-t-il.

« Un cirque médiatique »

Déjà, en 2000, il avait foulé le célèbre tapis rouge pour Les destinées sentimentales d'Olivier Assayas : « Je voulais pas y aller, pour moi c'est un grand déballage de fric, un cirque médiatique dont je peux me passer. »

Sa carrière de comédien a commencé en Lorraine quand le théâtre amateur dans lequel il jouait s'est professionnalisé. Il était alors instituteur à Nancy : « A l'école, j'étais pas bon, j'ai eu un bac quand même et puis, il y avait un déficit d'instituteurs en Meurthe-et-Moselle. » Le métier lui plaisait, mais pas autant que le théâtre : « J'étais plus souvent sur les routes que dans ma classe. »

Lorsqu'il passe professionnel, il demande un congé, pensant que « ça n'allait pas durer ». Mais très vite, il rejoint Paris où sa carrière s'envole. Ce comédien inclassable a été dirigé au théâtre par Peter Brook, Jacques Lassalle ou Alain Françon et a tourné au cinéma avec Jacques Audiard comme Philippe Garrel.

Au début des années 80, il monte à Montluçon une troupe, les Fédérés, qui deviendra le centre dramatique national de la ville. Il a aussi racheté à Hérisson un ancien immeuble menacé de destruction où il a ouvert un salon de thé, tenu par une amie.

Aujourd'hui, il accepte encore des petits rôles pour ne pas quitter sa distillerie trop longtemps et produit entre 2 et 3.000 bouteilles par an : « Pour pouvoir en vivre, il faudrait en vendre 10.000 ! Mais c'est un jeu agréable, comme le théâtre ! », s'amuse-t-il. (afp)