Une architecture entre rêve et réalité
JEAN-MARIE WYNANTS
mercredi 27 avril 2011, 09:41
L'architecture de l'époque soviétique ne ressemble pas toujours à ce qu'on imagine. Vladislav Efimov le démontre en photographiant immeubles et cités des années 1920 et 1930 à Saint-Pétersbourg. Son travail interroge aussi la récupération de cette imagerie par le pouvoir actuel.
Dans les faubourgs De Saint-Pétersbourg, Efimov retrouve des bâtiments construits dans les années 1920 et 1930, rappelant moins le style soviétique que larchitecture en vogue au même moment dans nos pays © Vladislav Ef
D'abord, il y a ces images de bâtiments construits dans les années 1920 et 1930, dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg, ville peuplée d'anciens Palais et de maisons de prestige. On n'y retrouve pas vraiment l'architecture soviétique comme on pense la connaître mais plutôt une série d'immeubles modernistes rappelant certaines architectures occidentales comme le bâtiment Flagey.
Pratique
Jusqu'au 15 mai à la galerie Roots Contemporary, 33 rue du Collège, 1050 Bruxelles. Ouvert le samedi ou sur rendez-vous (0474-61.12.63, ww
w.r8ts.biz).
Avec ce travail intitulé Le Nouveau Leningrad, Vladislav Efimov, Russe, plasticien et photographe, offre au-delà du simple document, une vision critique de la Russie contemporaine.
A Saint-Pétersbourg, la plupart de ces constructions faisaient partie de vastes complexes rassemblant usine, habitations pour les travailleurs, salles de sport, centre culturel, etc. Une utopie moderniste qui rêvait alors d'une vie meilleure en communauté.
Aujourd'hui, ces bâtiments sont, bpour la plupart abandonnés. Certains Russes, rejetant tout souvenir du passé, ne veulent plus s'en souvenir. D'autres les retrouvent avec une nostalgie liée à des moments de l'enfance. Mais pour le pouvoir, qui les réutilise de diverses manières, ils sont aussi une manière de rappeler à chacun que la Russie soviétique était une grande nation capable de telles créations.
Double vision
Efimov, qui vit lui-même entouré d'objets du passé qu'il détourne de multiples manières, évoque tout cela en plaçant ses images, toujours prises de manière frontale (ses architectures rappellent parfois des visages humains), dans de petits caissons en bois posés sur une structure de tiges en métal utilisées en construction.
Conjuguant photographie et installation, il va plus loin encore avec une très belle série exposée au sous-sol de la galerie. Ici, chaque boîte accrochée au mur contient deux images du même lieu. L'une est prise en contre-plongée, montrant le sommet du bâtiment et souvent un bout de ciel. La seconde montre au contraire le sol au pied de ce même immeuble.
D'un côté un rêve d'élévation, de l'autre la réalité d'une architecture laissée à l'abandon, marquée par le temps. Entre les deux, un simple tube néon tranche l'espace à l'horizontale, donnant à l'ensemble une présence presque tridimensionnelle. Et souligne à la fois le lien entre les deux parties et ce qui les sépare aujourd'hui.
Un travail subtil, d'une grande qualité plastique et porteur de multiples interrogations.