Le parcours dessiné par Victoria

JEAN-MARIE WYNANTS

lundi 19 septembre 2011, 11:44

Sous le titre « Une terrible beauté est née », la Biennale de Lyon sort résolument des sentiers battus. Elle le doit aux choix éclairés et audacieux de la commissaire d'exposition Victoria Noorthoorn. Argentine, la jeune femme trace des liens entre Europe et Amérique latine en passant par l'Afrique. Elle présente de nombreux artistes inconnus ou peu connus en réaction aux diktats du marché du l'art.

Le parcours dessiné par Victoria

Entre questionnemments graves et envolées poétiques, Victoria Noorthoorn met en valeur un art qui démontre la force de l’imaginaire © DR

ENTRETIEN

Commissaire de l'édition 2011 de la Biennale de Lyon, l'Argentine Victoria Noothorn a mis sur pied un formidable parcours en quatre lieux, faisant la part belle aux artistes latino-américains, africains et européens. En lieu et place des stars habituelles, on y découvre une multitude d'artistes qui ont souvent un talent fou mais qui passent plus de temps à créer qu'à se vendre.

Beaucoup d'artistes sont présents, avec plusieurs œuvres, dans plusieurs lieux. Est-ce pour mieux les faire connaître ?

Oui. C'est important que le public puisse voir une œuvre comme une des multiples possibilités offertes par un artiste. Ça permet de ne pas figer celui-ci dans une image.

Ces dernières années, quelques biennales se sont rapprochées de plus en plus du caractère des foires d'art. Le discours qui les entoure est de plus en plus centré sur la question du marché. On juge la qualité de l'art en fonction de tout ce qui l'entoure : les ventes, la cote de l'artiste, la mode, la médiatisation…

Avec cette biennale, je veux essayer de revenir à l'art, tout simplement. Dans cette optique, il est important de montrer qu'un artiste ne sert pas un seul discours.

Les artistes nord-américains sont peu présents et les asiatiques totalement absents.

Ce n'était pas une décision de les expulser. Je me suis concentrée sur l'Europe d'abord. Pour être franche, j'ai été étonnée que Lyon invite une commissaire d'Amérique latine. Et en plus, venue d'Argentine plutôt que du Brésil qui a la plus forte visibilité en art contemporain. Je me suis dit que c'était peut-être une invitation à présenter une Biennale avec un regard clairement extérieur. Donc, il y a mon regard sur l'Europe… et sur l'Amérique latine dont je viens. Et lorsqu'on se met à travailler sur les relations entre ces deux pôles, on passe forcément par l'Afrique. Donc je me suis concentrée sur ce triangle Europe-Afrique-Amérique latine.

Il y a quelques artistes nord-américains mais qui ont été « invités » en quelque sorte par les questions qui surgissaient au fil du travail : John Cage, Morton Feldman mais aussi de moins connus comme Linda Matalon.

Quant à l'Asie, Han Ru était le commissaire de l'édition précédente. Il connaît cela beaucoup mieux que moi.

Le dessin est très présent à côté d'installations monumentales…

C'est peut-être le domaine que je connais le mieux. Pour moi, le dessin reste l'œuvre qui permet de voir avec une transparence assez précieuse, la véritable quête de l'artiste. Souvent, quand je me rends dans un atelier, on me montre des objets, des installations, des performances. Mais quand on me montre les dessins, c'est comme si tout à coup je pouvais comprendre vraiment de quoi il est question. Et puis, chez les artistes qui travaillent le dessin, il y a une intimité avec l'œuvre et une obsession du travail. Dans ce cas, le dessin est un peu résistant aux questions du marché. Ça m'intéresse de connaître ceux et celles qui explorent ce domaine-là.

« Une terrible beauté est née », 11e Biennale de Lyon, jusqu'au 31 décembre, www.labiennaledelyon.com .