Le monde en « mini »

DANIELE GILLEMON

lundi 03 octobre 2011, 10:37

La miniature flamande, cette mini-peinture médiévale serait-elle seulement l'affaire de spécialistes ? La Bibliothèque royale, en collaboration avec la Bibliothèque de France, s'emploie avec bonheur à démontrer le contraire.

L'exposition, conçue comme un écrin de velours sombre ouvert sur la chapelle de Nassau où trônent les plus rares de ces manuscrits, vise l'apogée de la peinture de livre au 15e siècle. Les ducs de Bourgogne, ardents bibliophiles, s'assuraient alors les services de maîtres enlumineurs et le livre, échappant à la seule emprise des monastères, gagnait la sphère laïque comme instrument de savoir, de pouvoir et de plaisir. Les nobles, les administrations, les universités, les bourgeois, de Bruges à Bruxelles, de Tournai à Lille faisaient grand cas de ces objets de luxe travaillés à la feuille d'or, tissés d'encres et de couleurs « à façon ». L'exposition permet de cheminer à travers ces images merveilleuses serties dans leur calligraphie, de suivre le fil d'un conte chatoyant où les visions paradisiaques croisent les feux de l'enfer et les saints récits, les « remarques » pleines de fantaisie parfois érotique de peintres inversant à plaisir le sens édifiant du texte !

Un festival d'images exquises, jamais innocentes, où gentes dames et damoiseaux, licornes, diablotins, monstres à sept têtes, ours, lions, cerfs et délicates nudités entrelacent leurs significations cryptées.

La Bibliothèque royale conserve un tiers environ des mille titres de la bibliothèque de Bourgogne, une mémoire qu'elle partage avec la Bibliothèque de France. Pour la première fois les deux institutions compensent en s'associant les lacunes de l'histoire, les laissés par les émissaires de Napoléon quand ils faisaient main basse sur le patrimoine. Le fameux manuscrit des Chroniques du Hainaut avec la miniature de Van de Weyden ira à Paris qui prête à Bruxelles la fameuse Lettre d'Aristote à Alexandre le Grand de Liévin van Lathem.

Le livre est une entreprise si complexe (la confection d'un parchemin nécessite parfois un troupeau entier !) qu'elle implique différents artisans et maîtres enlumineurs comme Simon Marmion d'Amiens. Et la diversité des textes sacrés, courtois, scientifiques, littéraires, de voyage… si étendue que la miniature en vient à refléter toute une vision du monde et ses différentes sphères. Comme dans la peinture de chevalet, avec un génie égal et une fraîcheur intacte.

Miniatures flamandes, 1404-1482 , Bibliothèque Royale de Belgique, jusqu'au 30 décembre, www.kbr.be . Et Bibliothèque Nationale de France, du 6 mars au 10 juin 2012, www.bnf.fr .