Et voici les musées « augmentés »

DOMINIQUE LEGRAND ET THIERRY COLJON

mardi 07 février 2012, 12:51

Les musées entrent avec optimisme dans la folie numérique. YouTube, iPod, Nintendo prennent leur ticket pour conquérir un autre public.. Cela s'appelle « le principe de réalité augmentée ».

Et voici les musées « augmentés »

Un musée à l'ère du digital, ça ressemble à quoi ? Au Musée Rops, à Namur, le visiteur découvre l'exposition consacrée à William Degouve de Nuncques armé d'un iPod. « Je n'ai jamais été tentée par l'audioguide, explique Louise, 20 ans. L'iPod, pourquoi pas. Ce n'est pas ringard. Degouve ? Connais pas. J'ai sélectionné “monde végétal”, puis “nocturnes”. En quelques phrases, je me suis mise à regarder autrement Nocturne au Parc de Bruxelles. J'ai compris la composition, les lignes de fuites, les registres horizontaux. C'est passionnant, de prendre le temps d'interroger un tableau. »

Des films ont également capté son attention : c'est la valeur ajoutée de l'iPod qui permet de feuilleter les mystérieux carnets du peintre symboliste. Quand Apple dit rêver de remplacer les manuels scolaires par des iPad, on comprend maintenant pourquoi.

« Douze items sur l'iPod, deux films, nous privilégions une approche simple, précise la porte-parole du musée, Valérie Minten. Les personnes qui veulent en savoir plus disposent du catalogue. Pour la réalisation, nous bénéficions de l'aide du service audiovisuel de la Province de Namur. C'est un énorme travail de traduction, aussi ! Nous disposons de 20 iPod et allons en commander 10 de plus : avec plus de 300 visiteurs par jour, nous étions complètement débordés par la demande lors de l'exposition consacrée à Rodin et Rops, “Les embrassements humains”. »

YouTube se lance lui aussi dans la partie muséale. Lors du salon SimeSitem à Paris (le salon pour la valorisation et l'équipement des lieux de culture), Museumexperts a lancé le premier festival « Musées (em)portables », invitant les visiteurs à filmer les musées (expos, coulisses, activités…) avec leur téléphone portable. Les plus grands musées s'accrochent au site de la vidéo partagée. Le Musée royal des beaux-arts d'Anvers, fermé pour travaux de rénovation, permet une visite inédite : se glisser dans les coulisses de l'exploit.

Très consulté depuis le 26 janvier, un reportage de Thom Vander Beken montre ainsi le déménagement des toiles monumentales de la salle Rubens. Même démarche au Musée Rops : la découverte de l'arrivage des énormes caisses conservant les tableaux en provenance du Kröller-Museum (Otterlo, Pays-Bas).

Nos musées sont-ils bien entrés dans l'ère numérique ? Le Musée Hergé, à Louvain-la-Neuve, propose trois heures de visite avec écouteurs reliés à un iPod. Par contre, au MAC's comme à Grand-Hornu-Images, on mise fermement sur l'humain, en formant des guides, et même les gardiens, pour accompagner chaque exposition.

A Paris, le premier à avoir offert une application iPhone est le Musée national… du Moyen Age ! C'était en 2009, pour accompagner le lancement de la gratuité pour les moins de 26 ans. Depuis, le Musée des Thermes de Cluny a multiplié les « coups » : Bluetooth, iPod Touch, iPhone en dialogue avec la « Dame à la Licorne » y ont devancé les visites numériques proposées par le Louvre et le Centre Pompidou. Le Quai Branly vient de lancer son application iPad. Et la Bibliothèque nationale de France propose des expos virtuelles et des livres interactifs en marge de ses expos temporaires.

Transformant complètement le rapport au public, le numérique est bien plus qu'un complément : il optimise les conditions d'accueil et de visite, il ouvre de nouveaux espaces autonomes, avec leur propre logique de rêve ou de participation. Cela s'appelle la « réalité augmentée », innovation technologique émergente qui consiste, dans notre cas lors d'une visite, à superposer des éléments virtuels à des éléments réels. La réalité est dite « augmentée » parce qu'elle enrichit notre environnement physique, d'informations virtuelles non perceptibles à l'œil nu, que ce soit sous forme d'images, de sons ou de textes, et ce, en temps réel.

Dans les musées du monde entier, du Guggenheim de Bilbao célèbre pour ses podcasts audio (pour la plupart gratuits) au MoMA de New York en passant par le plus discret musée Rops à Namur, la réalité augmentée fait rage. Et le règne de l'audioguide prend fin, les sites mais aussi les mobiles « intelligents » transforment la muséographie.

Avec ce dispositif, on est déjà très loin des bornes multimédias, qui témoignèrent d'une première révolution numérique au musée. « Quasiment tout le monde, aujourd'hui, a un téléphone mobile, déclare Agnès Alfandari, directrice du service multimédia du Musée du Louvre, sur le site Culture Mobile. Beaucoup de jeunes ont une console de jeux portable, d'autres possèdent des smartphones. Ce sont des outils formidables pour cet enjeu de plus grande accessibilité, de démocratisation. Leur usage nous ouvre une porte pour toucher des gens qui n'auraient pas l'idée de venir nous voir… »

À quoi vont alors ressembler les musées dans le (très proche) futur ? Le Centre Pompidou numérise toute sa collection, des interviews d'artistes, les archives, des conférences, des catalogues qui ne sont plus disponibles. Le tout étant mis à disposition sur une plate-forme collaborative.

« Il faut que ceux qui sont aujourd'hui des enfants aient envie demain de venir au musée, reprend Agnès Alfandari, au Louvre. Surtout qu'ils se sentent proches de ce que le musée propose. Et pas forcément le musée physique, encore une fois. Que le musée fasse partie du quotidien, qu'il n'y ait pas de sacralisation de l'œuvre d'art, ni du lieu qui l'accueille, que tout cela soit très naturel et de très partagé… Le vrai pari, il est là : faire en sorte que le patrimoine appartienne au quotidien, que ce soit un sujet de délectation, de plaisir, et de partage. »

Mariage au Louvre : Nintendo et la Joconde

« Une première au Louvre ! » Un choc culturel inédit : imaginez le mariage de la Joconde et de Super Mario. C'est ce qui va se passer au Louvre à partir du mois de mars. Si vous désirez une visite guidée, on vous proposera une console Nintendo au lieu d'un audioguide classique.

Le musée a signé un partenariat pour 5.000 consoles avec le groupe japonais Nintendo. L'intérêt ? Pas de jouer à Super Mario. Découvrir le musée : « La console de jeu est un objet du quotidien. Beaucoup de gens savent s'en servir. Son ergonomie est très simple. L'écran est tactile. Ça ne sera pas un problème pour les personnes âgées », explique Agnès Alfandari, chef du service multimédia du Louvre.

On pourra suivre des centaines de commentaires sur les œuvres exposées, dans huit langues dont la langue des signes. Des parcours spécifiques sont destinés aux enfants. Le visiteur devra déposer une pièce d'identité en caution.

Le but de cette initiative est de doubler le taux actuel de prise des audioguides (4 %), essentiellement utilisés par les touristes, mais aussi de montrer que le Louvre « accorde une attention particulière au public peu familier des musées, qui n'associe pas a priori le patrimoine à l'univers innovant du divertissement interactif ».

Le guide multimédia sera loué 5 euros, soit 1 euro de moins que le prix actuel du guide audio. Il sera aussi proposé aux détenteurs de smartphone sous forme d'applications à télécharger. Les visiteurs achèteront un module de base comprenant les œuvres incontournables et les informations essentielles pour que leur passage au Louvre se déroule dans les meilleures conditions. Ensuite, ils pourront y ajouter des contenus en fonction de leurs visites (le département des peintures, l'Egypte, etc.). « Dans le cas du smartphone, il s'agit d'une acquisition pérenne », précise la responsable du multimédia.

Enfin, le Louvre proposera aussi une « visite » audio, au format MP3, que les visiteurs pourront télécharger sur leur baladeur. À tester !

Indiana Jones, la console dans la musette de l'archéologue

Une expo Indiana Jones, avant Star Wars ? C'est, depuis 2011, une réalité mise sur pied, à Montréal, par la société québécoise X3 Productions, en collaboration avec Lucasfilm et National Geographic.

Indiana Jones et l'aventure archéologique, l'exposition est une expérience muséale totalement neuve, destinée autant aux adultes qu'aux enfants.

A tous les publics s'adressent les pièces – costumes, objets en tout genre – rendus célèbres par les films de Steven Spielberg. Les adultes seront vite rassurés par le sérieux de l'entreprise avec un détail inouï apporté à l'aspect archéologique authentique du divertissement cinématographique. Rien n'a été laissé au hasard, les plus grands archéologues de la planète se joignant aux historiens (Michel Fortin et Fredrik Hiebert, pour ne citer qu'eux). Et les enfants là-dedans ? C'est là que cette exposition passionnante innove : un terminal interactif incrusté dans une besace de cuir, comme Indy pouvait en porter, emmène le visiteur dans une autre dimension.

Il s'agit d'un jeu, d'une chasse au trésor, avec résultats et classement de chacun en fin de parcours. Les questions sont précises, les réponses à trouver dans le circuit également tactile. Extraits de films et autres indices sont là pour nous aider à trouver les clés du mystère. Voilà une nouvelle façon de visiter une expo : à la fois ludique, créative et passionnante. Après avoir été créée au Centre des sciences de Montréal, dans le Vieux-Port, l'expo va faire le tour du monde et le contrat est déjà signé pour que lui succède la saga Star Wars.

Indiana Jones et l'aventure archéologique, l'exposition , jusqu'au 16 septembre à la Cité des Arts et des Sciences de Valence. www.expositionindianajones.com