Droits de l'homme, station Aumale

DOMINIQUE LEGRAND

mardi 03 avril 2012, 11:44

Inscrire le texte de la Déclaration des droits de l'homme dans les métros du monde entier. C'est le projet grandiose mené par l'architecte et urbaniste Françoise Schein. Nous avons suivi la réalisation du projet pour la station Aumale, à Bruxelles.

Droits de l'homme, station Aumale

Suspendues par des pinces, les premières sérigraphies surgissent comme des fantômes en noir et blanc. Egalité devant la loi, droit à la liberté de réunion, à l'éducation, au travail… Chaque planche est transférée sur des carreaux de céramique. Ceux-ci orneront bientôt la station de métro Aumale, à Anderlecht. Pour relever ce défi, tous les ateliers du Septantecinq, – école supérieure des arts de l'image à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles) –, bourdonnent comme une ruche. Sous la direction de l'architecte et urbaniste Françoise Schein, les étudiants participent au méga projet « Inscrire les droits de l'homme ».

Le réseau est immense : il court sous terre, du Brésil à la Belgique en passant par Paris, Lisbonne, Ramallah.

Comme dans d'autres métros du monde, on lira à Anderlecht les articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en regard de photographies des jeunes élèves qui ont participé au projet.

Ces photos ont été prises par les étudiants du Septantecinq dans des écoles secondaires de la commune d'Anderlecht. Les élèves du secondaire ont analysé les textes fondamentaux pour en donner leur propre vision, décalée, sur la balle, humoristique, pleine de sens et de responsabilité. Les « aînés » ont déclenché l'objectif. « Les jeunes expliquent aux plus vieux. C'est une manière intéressante d'inverser la flèche pédagogique », reconnaît Vincent Cartuyvels, directeur du 75.

Un livre ouvert d'art citoyen

Ce projet hybride s'inscrit dans le grand réseau « To Write the Human Rights » porté depuis 1997 par Françoise Schein.

À Kaboul, Rio et São Paulo, Berlin, Haïfa, New York, Lisbonne, l'association Inscrire réalise ce projet citoyen à travers le monde, des favelas au Brésil aux banlieues et capitales européennes.

Anderlecht n'est pas la première commune belge à revisiter la charte. Métro ou pas, Verviers, Schaerbeek, Saint-Gilles, Houffalize avaient déjà emboîté le pas de Françoise Schein : « Après des études d'architecture à l'Institut supérieur d'architecture de la Cambre, j'ai travaillé sur la cartographie des villes, le sens de leur territoire, explique-t-elle. À New York puis Paris, il me paraissait fondamental d'inscrire la Déclaration des droits de l'homme sous le sol des villes. C'est un projet nomade qui s'est ancré dans les stations de métro et les capitales du monde. La première fresque a été réalisée avec les enfants des favelas. C'est un projet d'artiste indissociable d'un travail de proximité avec les associations locales et les écoles. Depuis le Printemps arabe, les droits fondamentaux prennent un sens nouveau auprès des jeunes. Pour certains, c'est une véritable découverte ! »

Dans chaque ville, Françoise Schein emploie un kit pédagogique qu'elle a créé. Dans la mallette magique, on trouve un livre destiné aux enseignants. Expliquer les droits de l'homme aux jeunes de manière ludique n'est pas évident : « Ils doivent énoncer un article devant leur classe, poursuit l'architecte, puis analyser son contenu avant de le transcrire en dessin. Un article de droit devient enfin concret. »

Ce projet transdisciplinaire traverse aussi les tranches d'âge et de population : « A Anderlecht, la réalisation finale se présentera sous la forme d'un angle, comme un livre ouvert », affirme la responsable d'Inscrire.