L'attrait de la répétition infinie chez Loïc Le Groumellec

DOMINIQUE LEGRAND

mercredi 04 avril 2012, 11:51

Issues du monde mégalithique, les runes poursuivent l'aventure pierreuse de Loïc Le Groumellec et sa quête de l'abstraction.

L'attrait de la répétition infinie chez Loïc Le Groumellec

L’ombre du mégalithe et « Ecriture » d’où émerge une iconographie abstraite évoquant l’alphabet runique des Celtes©DR

On lui connaissait toutes les nuances de gris et de noir. Célèbre pour ses toiles minimalistes depuis les années 80, Loïc Le Groumellec (Vannes, 1957) avait cette insondable signature : ombres de mégalithes, croix et profils de maisons. Dans une approche presque sérielle, ces toiles vibraient d'une étrange perfection, celle d'une surface lumineuse réalisée par effacement progressif de la laque noire.

À la Galerie Triangle Bleu, l'artiste opère un revirement inattendu, s'appropriant subitement une couleur puissante relevant de l'art pariétal. Les aplats monochromatiques affleurent en ondulations dans un « pétillement » à la gouache qui évoque le rapport terre/élévation : « Ce qui m'intéresse, c'est la confrontation entre l'appartenance à la terre et l'effort pour s'élever, souligne Le Groumellec. Toute ma peinture se résume à cela : l'aller-retour permanent entre le haut et le bas, qui est l'une des définitions du sacré donnée par Bataille. Il est aussi possible de trouver dans la boue une dimension spirituelle, et, par ce biais, une accession au sacré. Ma problématique en peinture est ce grand tout et ce petit rien, cet extrémisme et cette naïveté. »

L'alphabet runique des Celtes griffe cette iconographie abstraite, peinture rouge orangé ou charbonnée qu'il nomme tout simplement Écriture. Ces entrelacs de courbes, ces césures et entailles figurent le monde, le pouvoir, le religieux, un renouveau en tout cas pour ce peintre de l'aventure pierreuse : « J'ai toujours revendiqué le fait de peindre ce qui « existait dans la nature », précise l'artiste. Ces signes appartiennent à la même histoire, et il existe un lieu sacré en Bretagne où les mégalithes sont totalement gravés de ces signes, couverts de cette écriture toujours indéchiffrée. »

Dans un jeu de chassés-croisés, ces signes deviennent la préoccupation première, écartant les figures de croix, maisons et mégalithes. C'est un continuum pleinement inscrit dans l'art pictural puisqu'il se réfère encore au minimalisme, au monochrome, à une forme de radicalisme qui induit une méfiance par rapport à l'acte de voir.

Enceinte imperceptible, des traits au crayon enchâssent cette écriture-signe archaïque qui pourrait évoquer à l'infini des phénomènes naturels ou tout autre symbole producteur de sacré.

Peindre, un acte spirituel

« Ces écritures me permettent d'ouvrir un champ sur une évidente abstraction, poursuit Loïc Le Groumellec, mais également de réaffirmer ce que je revendique depuis près de trente ans : la dimension spirituelle de l'acte de peindre et le fait de peindre le sacré par l'intermédiaire des mégalithes, et de ces écritures. Je crois en effet que le monochrome, est par définition, une production physique du sacré. »

Nimbés d'un profond et fascinant mystère, trois triptyques monumentaux complètent cet ensemble d'œuvres tout à fait inédites.

De nouveau, l'ombre du mégalithe émerge comme un phare planté dans une mer boueuse et houleuse, impliquant cette « notion de volume, de position de la pensée dans l'espace », aspect fondamental pour l'artiste qui ne cesse de revenir à la forme sculpturale ascensionnelle par le biais de la peinture.