Art Brussels, trente ans de passion

DOMINIQUE LEGRAND ET JEAN-MARIE WYNANTS

jeudi 19 avril 2012, 10:39

Art Brussels ouvre ses portes au public ce jeudi. Un premier tour de la foire montre une nette prédominance de la peinture. De nombreuses galeries proposent des oeuvres de qualité à des prix très raisonnables.

Art Brussels, trente ans de passion

Solo show percutant de l’artiste iranienne Shirin Neshat ©Dominique Duchesnes

De la peinture à toutes les sauces, peu d'installations et de vidéos, une photographie nettement plus discrète que les années précédentes… La trentième édition d'Art Brussels semble revenir à une certaine sagesse. Dans tous les sens du mot. D'un côté, on trouve peu d'œuvres provocantes, susceptibles de déclencher la polémique comme l'art contemporain s'en est souvent fait une spécialité.

Monographies d’artistes

Indispensable outil pour les artistes contemporains, la monographie fait partie des cartes de visite en vogue. C'est un indice de visibilité pour les collectionneurs. Le regard que porte Dominique Legrand sur le travail de Tinka Pittoors (Art Brussels) et Vincent Solheid (OFF) dégage les lignes de force d'une création artistique en progression, dépassant le genre « vie et oeuvre » si cher aux historiens d'art.

De l'autre, on retrouve à travers le dessin et la peinture, un certain goût du savoir-faire. « Après des années de n'importe quoi, on revient à des choses plus sérieuses », assène un galeriste étranger qui présente notamment un solo show d'un jeune peintre plein de talent.

Mercredi après-midi, lors de l'ouverture à la presse, aux professionnels et aux collectionneurs, l'ambiance est feutrée dans les couloirs. On découvre, on observe, on compare mais le plus souvent, on annonce qu'on repassera plus tard. Ca et là, des points rouges indiquant qu'une œuvre est vendue apparaissent cependant. Mais ce n'est pas la ruée du début des années 2000. « Personne ne sait très bien où on va, confie une galeriste un peu inquiète. Mais ce qui est sûr, c'est que les choses sont en train de changer. Et il faut essayer d'anticiper sur les réactions du public. »

C'est que la foire reste, pour la majorité des galeristes, un moment essentiel de la saison tant pour les ventes qu'elle permet que pour les rencontres qu'elle génère.

Pour Elaine Levy, la foire est un moment incontournable. « C'est la sixième fois que nous y sommes et c'est la seule foire qui marche à tous les coups, sourit-elle. Je fais ici l'essentiel de mon chiffre d'affaires annuel. Les deux dernières années, j'ai fait la foire Zona Maco de Mexico. Je n'y suis pas cette année car elle se déroule en même temps que Bruxelles. Or Mexico, c'est très bien, c'est excitant, mais ici c'est super important. On a le temps de bien préparer et en quelques jours, on croise tous les collectionneurs susceptibles de venir ensuite à la galerie. »

Mexico, on en parle beaucoup dans les allées. « Il y a un peu moins de grands collectionneurs aujourd'hui car plusieurs d'entre eux sont à Mexico qui a le vent en poupe », souffle un galeriste qui préfère rester anonyme.

On croise pourtant de nombreux habitués dont la plupart des grands collectionneurs belges. Car Art Brussels reste incontournable.

« Pour nous, c'est important en terme de visibilité et de reconnaissance », expliquent Marie-Claire Goosse et Francine Jacques du Triangle Bleu. Depuis des années, elles ont développé à Stavelot une offre de haute qualité qui fait courir les amateurs. Etonnant quand bon nombre de galeristes bruxellois se plaignent d'avoir du mal à faire bouger le public. « La différence, c'est que nous sommes un lieu de destination, pas de passage. Dès le début, nous avons voulu un espace important pour pouvoir présenter de vraies expositions. Personne ne va se déplacer à Stavelot pour voir trois ou quatre œuvres. Il faut du contenu. »

Pour elles, la foire est surtout une occasion de contact. « Il y a un côté très cordial et même amical dans cette foire. On ne retrouve pas ça partout. ici, le contact avec les collègues, notamment venus de l'étranger, est très important. Par ailleurs, on rencontre de nombreux visiteurs qui, par la suite, passeront à la galerie. »

À côté de la peinture, d'autres tendances apparaissent au fil du parcours : la section Young Talents est pour cela un bon indicateur. Pas d'esbroufe mais une réelle volonté de toucher un nouveau public en présentant des artistes émergents. C'est le cas de la galerie Anyspace qui produit chaque œuvre, que ce soit la série Eclipse de Mazzoni ou les bâtons en roues de skate d'Emilie Pishedda : « Nous sommes une jeune galerie bruxelloise. On existe depuis septembre seulement, explique Frédéric Collier. Tout est à faire. Notre position est de mettre en valeur de jeunes artistes. »

Si les installations démesurées et les vidéos autistiques se sont retirées du plateau au profit du grand retour de la « peinture-peinture », la sévère sagesse qui pourrait entacher la fête bourgeonne quand même de propositions innovantes.

L'effervescence des cabinets de curiosités contemporains fait mouche, apportant un regard décapant sur un élément historique, fondateur des grandes collections muséales actuelles.