Trendy : l’achat collectif

DOMINIQUE LEGRAND

jeudi 19 avril 2012, 10:39

Hors de prix l’art contemporain ? Collectionner peut se vivre de multiples façons, de l’hystérie mondaine compulsive au proverbe « je possède donc je suis ». « Plus j’en ai, mieux je me porte », déclarerait un méga collectionneur comme François Pinault ou un oligarque russe possédant Chelsea ! Mais si on veut quand même s’offrir Wim Delvoye, Marc Desgrandchamps, Claudio Parmiggiani ou Tony Cragg ? Que font les autodidactes, les fous d’art contemporain peu fortunés qui envisagent une collection comme un rituel personnel ou un placement ? Ils pratiquent l’achat collectif.

Fondant en 2006 à Bruxelles le collectif d’art contemporain Neos, le collectionneur belge Thierry Lambot a frappé dans le mille. Sa solution : l’achat groupé. « Le collectif Neos a été créé par une trentaine de collectionneurs bruxellois, raconte-t-il. On voulait pratiquer l’achat à parts égales, pour apprendre comment débuter une collection. L’achat collectif nous donne accès à de grands noms, mais avec peu de moyens. Cela prouve qu’il ne faut pas nécessairement être millionnaire pour accéder à l’art contemporain ! C’est vraiment dans l’air du temps. On me téléphone de France ou de Suisse pour savoir comment nous fonctionnons ! »

Achetant pour le compte du groupe, Neos permet d’accéder à des artistes qui ont déjà une renommée sur le marché de l’art. Pas question pourtant d’emmener le Wim Delvoye à la maison pour une soirée entre amis ! Pour des raisons de sécurité et d’assurances, les œuvres sont conservées en un seul lieu, là où se tiennent les réunions des adhérents. Réunions secrètes ? « On vient pour apprendre, parler d’art, décider d’une politique d’achat pour compléter notre collection », précise Thierry Lambot. Chacun peut aussi développer sa propre collection privée, de manière indépendante.

Le profil du collectionneur en bande ? Des personnes dont l’âge varie entre 20 et 60 ans, toutes professions confondues, des étudiants, des professions libérales, certains n’ayant jamais entendu parler d’art contemporain… « Ce ne sont pas, comme en Suisse, des “SDF”, des personnes sans difficultés financières », argue l’initiateur.

Neos possède une quarantaine d’œuvres. Quelle est la mise de base annuelle dans cette partie groupée ? Thierry Lambot respecte l’omerta, en nous glissant que « cela équivaut à un paquet de cigarettes et une bière par jour, sur un an ».