Marc Ash éclaire « Le Soir »

DOMINIQUE LEGRAND

lundi 30 avril 2012, 10:39

L'artiste français Marc Ash expose à Bozar et dans les locaux du « Soir ». « Eclairer Le Soir » entend condamner la censure. Ce sont des paquets de journaux ficelés qui célèbrent la liberté de la presse.

Marc Ash éclaire « Le Soir »

Empaquetés, lacérés, 10.000 exemplaires du Soir sont disposés en tas dans la salle du Conseil, à Bozar. Dans cet immense Palais des beaux-arts dessiné par l'architecte Victor Horta, cette salle n'a pas été choisie par hasard. C'est un lieu de décision. L'artiste plasticien français Marc Ash y montre sa nouvelle installation sur un parquet en bambou non traité chimiquement, symbole écologique de protection des richesses naturelles de la planète.

3 questions à Marc Ash

Vous êtes peintre mais aussi diplômé en marketing stratégique, comment ce concept de défense de la liberté de presse est-il né ?

Sensibilisé par ma dernière exposition au Mexique, loin de toute information « vue de France », je lisais dans l'avion un exemplaire du Monde. Par le hublot, un rayon de lumière a éclairé le journal avec une telle intensité que je me suis dit qu'il fallait réaliser quelque chose pour tous ces pays que je traversais. Défendre la liberté de presse ! Eclairer le monde, Eclairer Le Monde… En rentrant à Paris, j'ai contacté la rédaction et j'ai immédiatement reçu l'aval du Monde pour construire ce message aussi fort que son aspect plastique est prenant.

Pourquoi dès lors ne pas exposer votre message dans ces pays où la liberté de presse est bafouée ?

J'adorerais exposer à Pékin ou à Moscou mais je doute que ce soit bien accueilli…

Comment le public réagit-il à cette œuvre itinérante ?

Je m'attache à associer les notions d'éthique et d'esthétique. Mon travail est celui d'un artiste engagé et cela touche le public. Je parle de choses qui font mal, des difficultés que rencontrent les « gardiens de l'information » sur des terrains hostiles. La constellation de lumière qui accompagne l'installation est là pour ne pas repousser le regard sur une vérité, un bouillonnement de sang. Les gens découvrent l'art conceptuel. Je tiens à être présent pour en livrer les clés. Je peux varier l'intensité de l'éclairage, parallèlement au dosage de l'information qu'on nous donne ou que l'on va chercher. L'installation inspire le respect. Les gens chuchotent en la découvrant, comme si elle relevait du sacré, sans connotation religieuse évidemment.

Sous le titre Elairer Le Soir, la puissance de l'œuvre tient à sa capacité à produire un art chargé d'éthique. Trente mètres cubes de papier éclairés par une lumière tamisée, c'est un manifeste, un message fort. L'artiste (né à Oran en 1958) renvoie du Soir le reflet auquel il tient le plus : œuvre éphémère, le quotidien belge a pourtant vocation de durer à travers l'épaisseur des jours, bien après que la date soit périmée.

Avec ses briques de journaux ficelées, Marc Ash condamne la censure et défend la liberté de la presse en mettant en scène chaque page d'une réflexion intellectuelle chargée de matière : une matière concrète et une matière abstraite, ces mêmes ingrédients qui permettent à un livre de naître.

Cette œuvre célèbre la liberté de la presse et le droit inaliénable à l'accès à l'information. Elle est là pour interpeller le visiteur sur l'état du monde en général et sur la presse en particulier, une presse dont la mission première est justement d'informer sur l'état du monde.

Les paquets de journaux ficelés tels qu'ils sortent de l'imprimerie

L'artiste plasticien français poursuit son message jusque dans le choix de matériaux bruts. En refonctionnalisant ces paquets ficelés du quotidien belge Le Soir tels qu'ils sortent d'impression et parviennent aux libraires, il les met en scène et en lumière dans une esthétique narrative de l'engagement.

Celle-ci a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays : la première exposition fondée sur le même concept s'était déroulée en mars 2010 dans les locaux du quotidien Le Monde à Paris, avant de partir à Miami et à la Foire internationale d'art contemporain Art Basel.

Il a créé également deux autres installations satellites à Eclairer Le Monde : Les colonnes de l'information et Protection de l'information. Après Paris, Eclairer Le Monde a été produit en juin 2010 à la Fondation Pierre Nothomb, au Pont d'Oye (Habay). De nombreux journaux se sont intéressés à ce travail pour le décliner avec leur propre titre : La Repubblica, El Pais, The Times, The NY Times. Et Le Soir.

À Bruxelles, le vernissage d'Eclairer Le Soir coïncide avec la Journée belge de la liberté de la presse, ce jeudi 3 mai. Le projet correspond également à une date anniversaire : les 125 ans du Soir. Cela renforce encore davantage la cohérence du projet et souligne l'attachement de Marc Ash au droit fondamental que son initiative itinérante ne cesse de proclamer.

Palais des beaux-arts, Salle du Conseil, accès rue Ravenstein, 1000 Bruxelles, du 1er au 6 mai. Accès gratuit. www.bozar.be

Exposition « Éclairer Le Soir », hall d'exposition du journal Le Soir, 100 rue Royale, 1000 Bruxelles, accès gratuit.