Dans l'enfer des cactus de Xique-Xique

DANIEL COUVREUR

mercredi 02 mai 2012, 12:36

Deux peintres contemporains revisitent les carambolages graphiques de Maurice Tillieux, l'auteur de Gil Jourdan, chez Petits Papiers, au Sablon. Attention : ça pique !

J'espère que les freins ne lâchent jamais ! » « Quels freins ? » Le dialogue est signé Maurice Tillieux, avant une dernière sortie de route, le 2 février 1978. L'auteur des aventures de Gil Jourdan, pourtant versé dans l'art du carambolage, a perdu la vie dans un ultime dérapage. Tillieux était fier de bosseler les voitures. « Il y a, disait-il, un bouquin où je suis mentionné uniquement pour toutes les voitures que j'ai démolies dans mes albums. » Parmi ces chefs-d'œuvre de tôles froissées, il faut épingler la séquence muette du camion de L'Enfer de Xique-Xique basculant au fond du précipice.

Pratique

Exposition Maurice Tillieux, Galerie Petits Papiers, du mercredi au dimanche de 11h à 18h30, 8A rue Bodenbroeck, à 1000 Bruxelles. Infos : 02-893.90.30, www.petitspapiers.be

Cinquante ans après cet accident graphique, les originaux de ce crash de bande dessinée sont exposés au Sablon chez Petits Papiers. Les galeristes, Marc Breyne et Alain Huberty, ont eu l'idée moderne de mettre les cases de Tillieux en abyme avec la complicité de deux artistes contemporains : le peintre caribéen José Garcia Cordero et le dessinateur belge Pascal Bernier. Cordero s'est piqué des cactus du désert de Xique-Xique. Bernier a fait du surboum sur quatre roues en revisitant la scène culte du camion renversé.

De l'école de Marcinelle … à celle du pop art

« J'ai un rapport affectif particulier avec Gil Jourdan, qui était mon héros de jeunesse, explique Pascal Bernier. J'ai retravaillé l'accident sur des grandes toiles pop art au fusain. C'est un hommage au trait nerveux et précis de Maurice Tillieux, qui parle toujours aux plasticiens d'aujourd'hui. »

« Pour ma part, je suis fan de cactus, sourit José Garcia Cordero. Quand des amis amateurs de bande dessinée m'ont fait lire Gil Jourdan, j'ai été attiré par le désert de Xique-Xique. Les cactus de Tillieux m'ont tout de suite parlé. J'en ai fait les métaphores géantes de l'album en magnifiant leur dimension plastique. Cette confrontation entre des tableaux immenses où l'on ressent la matière du cactus et les cases miniatures des albums de Gil Jourdan est une idée formidable. J'ai travaillé un an sur ce projet. Je me suis mis complètement dedans. Je crois sincèrement que cette exposition va changer le regard que l'on peut porter sur la bande dessinée. »